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vendredi 26 octobre 2012

Hétérosexualité : votre sexualité...naturelle, universelle,...?

Hétérosexualité...
La culture hétérosexuelle n’est qu’une construction parmi d’autres. 
Si elle domine dans les représentations des sociétés occidentales, 
elle n’est ni forcément naturelle ni universelle.
Depuis des siècles, des milliers d’ouvrages ont été consacrés au mariage, à la famille, à l’amour ou à la sexualité des hétérosexuels. En fait, l’hétérosexualité en tant que telle n’apparaissait guère dans ces écrits, en général point de vue, donc point aveugle de toute vision. Dès lors, l’absence de réflexion sur l’hétérosexualité est en elle-même un fait remarquable, quoique rarement remarqué.
(...)
Sur l’hétérosexualité, les questions les plus simples n’ont guère été posées. À commencer par la question des causes. En effet, quelle est donc l’origine de l’hétérosexualité ? Bien qu’en général, l’hétérosexualité semble la chose la plus « naturelle » du monde, il paraît assez difficile d’en rendre raison en termes biologiques. Or, rares sont ceux qui se sont demandé si l’attirance pour l’autre sexe était commandée par un mécanisme physiologique quel qu’il soit.

L’hétérosexualité est-elle naturelle ?

Pour le sens commun, la réponse est claire : la raison d’être de l’hétérosexualité, c’est la reproduction de l’espèce, raisonnement qui tend à rechercher l’origine dans la fin. À défaut de la cause efficiente (serait-ce un phénomène anatomique, hormonal, neuronal, génétique ?), l’on tiendrait du moins la cause finale : l’origine de l’hétérosexualité résiderait dans sa finalité génésique.

(...)
Dès l’origine, la psychanalyse naissante a clairement remis en cause l’illusion selon laquelle l’hétérosexualité serait chose naturelle. Ainsi, en 1905, dans les Trois Essais sur la théorie sexuelle, Sigmund Freud écrivait :« L’intérêt exclusif de l’homme pour la femme est aussi un problème qui requiert une explication et non pas quelque chose qui va de soi. » Pour lui, l’hétérosexualité n’était pas une donnée immédiate de la conscience. Comme il l’expliquait dans le même essai, « l’intérêt sexuel exclusif des hommes pour les femmes est aussi un problème qui nécessite d’être élucidé et ce n’est pas un simple fait fondé sur une attirance qui ressortirait en dernier ressort d’une nature chimique ». Loin d’être une donnée naturelle, chimique ou biochimique, l’hétérosexualité était donc à ses yeux, comme l’homosexualité du reste, le résultat de l’histoire psychique de l’individu.

En évoquant par ailleurs la bisexualité originelle de l’enfant, Freud entendait ainsi montrer que l’hétérosexualité est le résultat d’un apprentissage psychique fort difficile, qui se construit dès la plus tendre enfance. En 1920, dans Névrose, psychose et perversion, il affirmait encore : « Il faut se dire que la sexualité normale, elle aussi, repose sur une restriction du choix d’objet. » En ce sens, la psychanalyse entendait démontrer que l’hétérosexualité n’était nullement une disposition innée. Toute l’analytique des complexes, du complexe d’Œdipe en particulier, tendait à le prouver. Cependant, malgré l’extrême diffusion de tous les discours de Freud, l’idée selon laquelle l’hétérosexualité serait une disposition acquise, aussi problématique en somme que l’homosexualité, demeura tout à fait étrangère à l’immense majorité du public, et même des psychanalystes.

L’hétérosexualité est-elle universelle ?

Les sociétés humaines sont-elles toutes hétérosexuelles ? La Grèce archaïque ou classique (exemple très illustre mais non pas isolé, comme le montrent les recherches sur les Indo-Européens en général (1)) n’est clairement pas une société hétérosexuelle, même si, bien sûr, chez les Grecs comme ailleurs, la reproduction biologique est hétérosexuée. Certes, tout citoyen entend prendre femme pour assurer sa descendance, mais il est clair que l’hétérosexualité en elle-même n’est pas la base de la culture grecque de cette époque.

(...)
Une construction parmi d’autres

De même, si la pratique hétérosexuelle est universelle, la culture hétérosexuelle, elle, ne l’est pas. En allant plus loin, il faudrait peut-être même se demander si les cultures hétérosexuelles, c’est-à-dire celles où l’attirance pour l’autre sexe est partout figurée, cultivée, célébrée ne constituent pas un cas particulier que des raisons historiques, liées à l’expansion économique et coloniale, auraient rendu apparemment général. En effet, dans de nombreuses sociétés, bien que les pratiques hétérosexuelles soient l’usage ordinaire, elles ne sont jamais exaltées sur le mode de l’amour, et encore moins de la passion. Elles constituent une exigence sociale objective, le désir de l’homme pour la femme étant perçu comme nécessaire et secondaire en même temps, ce qui explique bien souvent le peu de place attribué à l’amour dans ces civilisations. En réalité, l’importance donnée à l’amour, ou plus exactement à l’hétérosexualité amoureuse, semble être une particularité de nos sociétés occidentales.

De ce fait, si la reproduction hétérosexuée est la base biologique des sociétés humaines, la culture hétérosexuelle, elle, n’est qu’une construction parmi d’autres et, en ce sens, ne saurait être présentée comme le modèle unique et universel. Dès lors, il convient de se demander à partir de quand, comment et pourquoi notre société a commencé à célébrer le couple hétérosexuel. Mais il faut pour cela accomplir une véritable révolution épistémologique : sortir l’hétérosexualité de « l’ordre de la nature », et la faire entrer dans « l’ordre du temps », c’est-à-dire dans l’histoire.
Lire la totalité de l'article sur Sciences Humaines

vendredi 7 septembre 2012

Le couple homme-pénis

Ils le regardent, le mesurent, le comparent, en parlent, lui parlent… Normal : il est le symbole de leur virilité. Drôle de couple que l’homme et son pénis !


Je ne pourrais pas vivre sans lui ! Une nuit, j’ai rêvé qu’on me l’avait tranché. Dans un demi-sommeil, je me suis levé, désespéré, et je me suis mis à errer dans mon appartement, en cherchant très sérieusement comment mourir sans trop souffrir, se souvient Laurent, 41 ans, webdesigner hyperdragueur, encore sous le choc de ce cauchemar gore. Bellâtre transformé en Abélard… De quoi couper net l’envie de vivre. Le signe, en tout cas, que les quelques grammes de chair, de nerfs et de tissus fragilement arrimés sous le nombril masculin continuent de peser lourd dans la définition de la virilité et l’estime de soi ; que cet organe aux huit cents synonymes, sous ses dehors chétifs, façonne le tréfonds de la personnalité d’un ouvrier comme d’un PDG. 

« Le petit garçon vit dans l’incertitude de sa première utilisation, l’adolescent dans les affres de la permanence de sa puissance, l’homme mûr dans la crainte de sa perte et le vieillard dans la désespérance de son ramollissement », 

résume André Giordan, épistémologue et physiologiste, professeur à l’université de Genève. Une cohabitation forcée, vieille de plusieurs millions d’années et programmée pour durer. 

« Une des grandes singularités physiologiques des humains est leur capacité permanente à avoir des relations sexuelles, contrairement aux animaux qui n’ont de rapports que pendant la saison des amours, poursuit l’épistémologue. L’évolution a rendu la femme totalement disponible pour l’exercice amoureux. Le mâle humain doit donc fournir à tout moment la preuve qu’il est capable de répondre. L’instrument de cette potentialité est le pénis. Depuis l’aube de l’humanité, il est le symbole de la virilité, la partie visible et incontournable d’un iceberg : la vraie “nature” de l’homme. »

« Quand une fille me plaît, j’indique directement sa taille »

Manuel, ébéniste de 25 ans et prototype du macho démonstratif, a parfaitement capté le message : « Je ne comprends pas comment on peut évoluer dans la vie avec une petite bite ! Moi, quand une fille me plaît, j’indique directement sa taille. De toute façon, elles le sentent, au regard, quand un mec en a une grosse… » 
La chose reste à prouver, mais en éclaire une autre : l’importance de la taille. Un terrain infesté de fantasmes importés, pour partie, du porno. Afficher un modèle réduit sous la douche glacée d’un vestiaire ou les draps brûlants d’une partenaire moqueuse a toutes les chances d’inonder de honte l’ego de son maître. Un boulet psychologique que traîne depuis des années David, 47 ans, prof d’anglais et célibataire endurci : « Je vis cette disgrâce comme une malédiction. J’ai même dû arrêter le foot à cause de ça. Chaque fois que je me déshabillais, j’avais le droit aux allusions humiliantes du genre : “Tiens, v’là l’asticot !” C’est dur à dire, mais je ne m’en sers plus que pour pisser… »
Confirmation de Sylvain Mimoun, andrologue : « A l’adolescence, tous les jeunes gens comparent la taille de leur sexe. Si l’épreuve est bien digérée, pas de soucis. Mais si le doute s’installe, si, par exemple, une femme dit à un homme : “Je ne sens rien…”, il va souvent incriminer la taille de sa verge, alors qu’elle est normale, et entrer dans une spirale infernale. D’autant qu’aujourd’hui, la chirurgie plastique propose des solutions. Les demandes d’opération, sans rapport avec la réalité anatomique, se manifestent plus ouvertement, surtout chez les homosexuels, dont le tropisme narcissique est fortement marqué. »
« Le seul moment où sa forme me dérange, c’est quand je fais du vélo »

Même de taille moyenne, le "onzième doigt" (1) ne fait pas pour autant l’unanimité quand il s’agit de lui attribuer une note "artistique". Aucune statistique sérieuse sur le sujet. Mais de toute évidence, les appréciations fluctuent du zéro pointé à l’adoration lyrique.
Benoît, 51 ans, banquier, déplore son look brouillon : « Quand on bande, on a un truc qui monte, une espèce de troisième patte inachevée, et deux machins avec une peau épaisse, un peu granuleuse, qui pendent. Je trouve ça tordu. »
Olivier, 30 ans, chirurgien-dentiste, vote blanc : « Je ne trouve pas mon sexe plus beau ou plus laid que mon genou ou mon coude. Le seul moment où sa forme me dérange, c’est quand je fais du vélo ! »
Andréas, 22 ans, étudiant en architecture, crie, lui, au chef-d’œuvre : « C’est très beau, très harmonieux, une queue et ses deux boules. Je la compare à un petit pendule, à un tabernacle chargé d’histoire, à un totem portatif. Ce qui me fascine, c’est la violence dont elle est capable comparé à l’extrême fragilité qu’elle dégage. »

Justement… C’est que l’animal est capricieux, "inobédient et contestataire" (Montaigne), il durcit, se cabre quand on l’implore de se tenir à carreau. Bref, il vit sa vie et « semble évoluer indépendamment du reste du corps », comme le relevait déjà Platon. 

« Pour moi, ses emballements farfelus, ses redressements imprévisibles constituent son principal inconvénient, plaisante Xavier, 24 ans, patron de start-up. J’ai vécu la honte de ma vie, récemment, à l’hôpital : je n’ai pas réussi à stopper une érection pendant que l’infirmière, très mignonne, faisait ma toilette… »
Rien de bien grave comparé aux flots d’angoisse qui peuvent déferler lorsque l’arme s’enraye et s’arrête. « Une femme ne s’est jamais suicidée par frigidité, alors que l’impuissance peut y pousser un homme », prévient le psychanalyste Didier Dumas. « Le “jamais plus” est quelque chose d’intolérable », renchérit Sylvain Mimoun. Même son de cloche du côté de Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue : « Des patients qui n’ont jamais eu de sexualité de leur vie viennent me consulter parce qu’ils n’ont plus d’érection. J’ai même connu un moine qui, malgré sa chasteté, vivait très mal cette déficience. Je lui ai dit : “Cela ne vous sert à rien !” Il m’a répondu : “Non, mais je ne me sens plus un homme…” »


« Je l’appelle Titoune et je lui parle tous les matins »

Plus un homme se sent mâle, plus il se sent bien. Ce qui explique les soins complices, quasi maternels, que certains prodiguent à leur appendice, quand il ne leur viendrait jamais à l’idée de dorloter leurs mains, leurs lèvres ou leur langue. « Les petits noms qu’un homme donne à son sexe ou les mots qu’il lui adresse dénotent la grande valeur narcissique qu’il attache à cette extrémité », précise Philippe Brenot. Difficile d’aborder le sujet auprès des intéressés mais, une fois dénouées, les langues crépitent. 
« Moi, je l’appelle Titoune et je lui parle tous les matins, raconte Olivier, 30 ans, directeur des ressources humaines. Je l’encourage en la caressant : “Allez, ma grosse, on se lève !”, ou je l’engueule : “Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu fais la grève ?” » Autre stratagème employé par Sébastien, 38 ans, kinésithérapeute : « Ma femme n’aime pas me sucer. Pour la “culpabiliser”, je fais parler mon zizi : “Si tu ne le fais pas pour lui, au moins fais-le pour moi…” » 
Faute de partenaire, évidemment, guère d’autre solution que de mettre soi-même la main à la pâte. Longtemps taboue, la masturbation gagne lentement mais sûrement ses galons de plaisir salutaire. Une reconnaissance tardive, 100 % justifiée aux yeux de Mireille Dubois-Chevalier, psychothérapeute sexologue : « Il existe un décalage énorme entre la pulsion masculine et le besoin, voire la capacité de réponse féminine. Ni coupable ni honteuse, la masturbation exerce une fonction quasiment hygiénique, anxiolytique. » Quand elle n’est pas une question de survie, plaide Richard, 35 ans, diplomate : « Je serais incapable de tromper ma femme, mais si je reste des semaines sans faire l’amour, j’ai tellement mal aux joyeuses que je suis obligé de m’amuser tout seul pour ne pas devenir dingue ! » 

Curieux couple que l’homme et son sexe, uni à la vie à la mort, complice et rival, sensible et méfiant, tyrannique et serviable. Un couple…

LE PHALLUS : un sex-symbol

Dès leurs premières années, les garçons s’enorgueillissent de posséder un "zizi", un sexe visible, qui change d’aspect et permet de faire pipi debout (la position la plus digne pour un humain). Pourtant, le pénis pourrait n’apparaître que comme un simple organe servant à uriner et à (se) procurer du plaisir. 

S’il valorise autant son possesseur – qui en vient à faire dépendre de lui son narcissisme, son amour-propre –, c’est que, depuis l’Antiquité, le discours dominant l’a érigé au rang de "phallus", symbole de la vie, de la jouissance et de la puissance,

 affirmait le psychanalyste Jacques Lacan.
Devenir homme, c’est donc se reconnaître comme le porteur de cet insigne du pouvoir et de la fécondité. Mais pour le bébé garçon, la plus "phallique", la plus forte de toutes les créatures terrestres n’est autre que sa maman, qu’il imagine toute-puissante. Et, selon Sigmund Freud, le maintien à l’âge adulte de cette croyance infantile, qui conduit à tenir les femmes pour les seules vraies détentrices du phallus, expliquerait les perversions sexuelles masculines. Paradoxalement, en se montrant à toutes les femmes, l’exhibitionniste cherche à prouver que son organe n’est qu’une broutille et que ce sont elles les détentrices du phallus authentique. Le voyeur, lui, espère l’apercevoir en épiant la nudité des dames par le trou de la serrure. 
(Isabelle Taubes)


Et vous?


mardi 28 août 2012

Les Hommes et le Sexe

Ce sont les résultats de l’étude réalisée auprès d’hommes âgés entre 21 et 59 ans par le magazine américain Esquire qui vont illustrer l’article de ce blog. Sans autres commentaires. Et pourtant … Voyons voir :
16% des hommes se disent très satisfaits de leur vie sexuelle
14% par contre ne se sentent pas satisfaits
5% avouent ne jamais avoir eu de relations sexuelles
22% ont eu plus de 20 partenaires
4% peuvent rester maximum un jour sans sexe
22% sont déjà restés 6 mois ou plus sans sexe
14% des hommes mariés avouent avoir déjà eu une relation sexuelle avec un homme
27% des hommes regardent un film porno une fois par semaine
20% des hommes entre 21 et 59 ans on déjà eu recours à du Viagra
42% des hommes reconnaissent que pour eux, l’acte sexuel dure 15 minutes ou plus
56% des hommes (mariés inclus) ne portent pas de préservatif
Voici les principaux résultats de cette étude (source Dhnet.be)
Et si vous souhaitez encore plus de détails, rendez-vous à la page consacrée à l’étude sur le site du magazine Esquire.
‘Sex and the American Man: A Preview : www.esquire.com
http://sexo.paperblog.fr/

jeudi 23 août 2012

Pornographie et/ou érotisme...


Ce post m'est soufflé par un message des webmasters de France-Bisexualité, Info, qui font remarquer que sur mon blog, on trouve parfois quelques "fesses" et pas de "queue", à mieux y regarder, il y en a au moins une...;-)...et récente...



La pornographie est une « représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique ». Au XVIIIe siècle et XIXe siècle, la pornographie désignait plus spécifiquement les études concernant la prostitution. Définition qui se retrouve dans son étymologie, le mot pornographie dérivant du grec ancien πορνογράφος / pornográphos, lui-même un dérivé de πόρνη / pórnê signifiant « prostituée » et de γράφω / gráphô, qui signifie « peindre », « écrire » ou « décrire ». Le terme se confond aujourd'hui avec sa perception à travers le prisme des films pornographiques : soit d'une représentation d'actes sexuels ayant pour objectif d'exciter sexuellement le spectateur. Ainsi, l'actrice Tiffany Hopkins la définit comme « avant tout un objet de divertissement qui a pour finalité la masturbation ».

Mon blog amène-t-il à la masturbation?

Une immense industrie de consommation de la pornographie est apparue grâce à l'utilisation des cassettes vidéos, des DVD, et d'Internet. La pornographie amateur est également devenue très populaire et se distribue gratuitement via internet.
André Breton avait pour formule : « La pornographie, c'est l'érotisme des autres », afin de démontrer simplement que ce qui choque l'un en s'apparentant à de la pornographie peut être toléré par un autre et s'inscrire plus élégamment dans l'érotisme - ceci valant pour des individus, des temps ou des civilisations. Comment mieux illustrer cette question qu'à travers la perception du fameux tableau de Gustave Courbet, L'Origine du monde. Ce terme peut donc apparaitre comme reposant en négatif sur la frontière aussi morale que fluctuante de l'érotisme.
Depuis les années 1970 et son assimilation à la production de films X, la pornographie est à la fois portée par le milieu de la contre-culture et décriée par ses opposants comme une industrie du sexe plus intéressée par un intérêt mercantile de nature mafieuse (légalement proche du proxénétisme) que par une quelconque expression de la Révolution sexuelle. Devant le constat d'une importante dissymétrie homme/femme (acteur/spectateur, relation à l'homosexualité…), un rapprochement de la pornographie et de la prostitution peut s‘établir : non seulement dans les formes de représentation féminine mais aussi dans un mode d'exploitation financier et physique du corps féminin. Ceci permet alors de différencier plus explicitement les domaines du comportement sexuel, de l'érotisme et de la pornographie.
De même, si certaines personnes acceptent en dehors d'une logique sexuelle la représentation des parties intimes de l'être humain, comme les naturistes, elles ne peuvent accepter la représentation réaliste de l'acte sexuel - pour des raisons très variables, allant de la pudeur à l'association de l'acte sexuel à quelque chose de honteux ou de bestial, qui tend à abaisser la dignité de l'Homme (argument auquel on peut opposer celui de l'acte de se nourrir que nous partageons aussi avec les animaux et que l'on élève plus aisément au rang d'art, contre-argument auquel on peut opposer la défécation que nous partageons avec les animaux et que nous ne pratiquons pas en public). Mais pour d'autres, ce n'est pas l'acte qui est honteux, mais le fait de s'exhiber et de se livrer au désir d'autrui en niant ainsi sa propre dignité humaine (on s'abaisse à n'être qu'un moyen de satisfaction). Dans ces cas, la pornographie est alors synonyme de vulgarité ou d'obscénité.
En France, l'article 227-24 du Code pénal édicte que « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende (375 000 euros pour les personnes morales) lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. » Depuis 1994, l'outrage aux bonnes mœurs n'est constitué que si le message pornographique atteint les mineurs. Vendeurs de presse et loueurs de vidéo doivent masquer les magazines et DVD érotiques ou pornographiques, ainsi que vérifier l'âge de leur clientèle. Les films pornographiques télévisés ne sont disponibles que sur des chaînes payantes. Les décodeurs sont munis d'un système de verrouillage, nécessitant un code pour l'accès à ces programmes. Les fournisseurs d'accès internet proposent des logiciels de contrôle parental, permettant d'interdire l'accès aux sites contenant certains mots-clés.
Les détracteurs de la pornographie lui reprochent de nier la subjectivité humaine, de détruire les relations sentimentales à l'autre en en faisant l'instrument d'un plaisir insatiable. Ce caractère insatiable du désir mis en scène, dans la surenchère des signes de la jouissance (hurlements orgasmiques, frénésie des pulsions, multiplication presque sans limites des partenaires, réduction de l'être humain à la seule pulsion sexuelle) marqueraient paradoxalement l'absence totale du désir : en effet, désirer, c'est désirer quelqu'un ; l'élimination de la dignité d'autrui, par des pratiques de domination, anéantit le corps en le transformant en « viande » à consommer, alors que c'est cet être que l'on désirait.
Certains précisent que la pornographie brise l'idée même de l'intimité en voulant que tout soit absolument visible, alors que l'intimité est par définition ce que l'on montre à très peu, ou bien même ce qu'on ne peut absolument pas dévoiler. Ce serait alors un refus de l'autre comme autre, une vision caricaturale et en cela un manque fondamental de respect. La pornographie refuserait par l'obsession de l'image et de la visibilité ce qui en l'autre reste toujours en partie inaccessible, distant, c'est-à-dire différent. Elle rendrait le rapport intime formaté, ou encore "prévisible". Sans doute qu'une certaine peur de la relation peut permettre de comprendre cette attitude, mais sans l'excuser. Sans être le mal absolu, la pornographie cinématographique serait le symptôme d'une difficulté réelle mais mal surmontée.
Les détracteurs de la pornographie dénoncent une banalisation de la pornographie dans la société actuelle. Ils considèrent que cette banalisation est caractéristique de la passivité des spectateurs qui l'acceptent sans aucune conscience morale ; ils avancent parfois cette citation de Fiodor Dostoïevski : « L'Homme est une ordure, il s'habitue à tout. » (Crime et Châtiment).
Alexandre Soljénitsyne pensait que « on asservit bien mieux les peuples avec la pornographie qu'avec les miradors ».
Certains s'opposent à ces arguments considérant que ces discours ne s'appuient sur aucune donnée fiable sur les spectateurs de pornographie. Ainsi que le note Virginie Despentes : « Les articles et ouvrages consacrés au genre sont extraordinairement nombreux. Les études sérieuses le sont moins, on se donne rarement la peine d'enquêter sur les réactions des hommes qui consomment du porno. On préfère imaginer ce qu'ils ont dans le crâne que poser directement la question ».

Les processus neurobiologiques mis en jeu lors d'une activité pornographique existent également, en partie, chez l'animal :
« La perception et la représentation de l’activité sexuelle possèdent aussi, comme chez l’animal, un effet d’augmentation de la motivation, si bien que la pornographie met en jeu des mécanismes élémentaires communs à l’animal et à l’homme. »
L'être humain cherche, dans ses activités sexuelles, à maximiser le plaisir érotique. Les images pornographiques, plus chez l'homme que chez la femme, augmentent l'excitation sexuelle et l'intensité des plaisirs érotiques.

L'érotisme se différencie de la pornographie en ce que la pornographie se définit par ce qui est montré (c'est-à-dire la relation sexuelle humaine montrée explicitement) tandis que l'érotisme se définit par ce qui est ressenti (c'est-à-dire l'excitation sexuelle). La pornographie n'est donc pas un érotisme plus « corsé ». Elle appartient à un autre domaine sémantique. Il arrive que la pornographie et l'érotisme se confondent (la pornographie étant « un moyen » pour atteindre « un but » : la sensation érotique, l'excitation), comme il arrive qu'ils n'aient rien à voir. Exemples :
  • Érotisme sans pornographie : une attitude, une posture ou un geste d'une personne qui, bien que vêtue et ne faisant rien de particulièrement « sexy », provoque chez un observateur une excitation.
  • Pornographie sans érotisme : des films pornographiques qui laissent le spectateur indifférent (pour beaucoup de gens, des corps interagissant de façon mécanique, sans rien exprimer et sans ressenti ne provoquent rien) ou des œuvres artistiques qui utilisent la pornographie comme un moyen esthétique (voir certains travaux de H. R. Giger).
  • Pornographie avec érotisme : ces mêmes films pornographiques, sur un autre public (ou alors réalisés différemment, avec un certain talent de mise en scène ou d'interprétation par exemple) peuvent tout à fait créer une excitation sexuelle.
Dans le langage courant cependant, le terme de « pornographie » n'est souvent perçu que comme une intensification de l'érotisme - voir par exemple la presse TV et la façon dont elle classe les films : un film « érotique » ne montre pas les organes sexuels (contrairement à un film « pornographique ») sans toutefois être forcément « érotique », c'est-à-dire apte à provoquer l'excitation chez le spectateur. Il est aussi parfois vu comme une perversion de l'érotisme, ce dernier étant jugé plus noble et plus fin car ne montrant pas des parties du corps supposées obscènes. Cette confusion vient du fait que la plupart des œuvres pornographiques sont faites avant tout pour provoquer des sensations érotiques.
Les termes anglais de « soft » et « hard » sont alors utilisés pour différencier la valeur de ces deux termes que l'on met dans le même domaine sémantique, l'érotisme étant « soft » et la pornographie « hard ». Comme la distinction entre « soft » et « hard » reste propre à l'appréciation de chacun, il est clair que l'utilisation dans le langage courant des termes de « pornographie » et « érotisme » rend difficile et souvent confuse toute analyse du sujet.
Socrate reliait étroitement le thème de l'Eros et celui de la vérité, de nature divine.
Selon Georges Bataille, il n'y a érotisme que pour un individu fini, centré sur lui-même, et qui se sent pourtant poussé à se fondre, au risque de s'y perdre, en une communauté avec autrui, communauté charnelle, communauté du sentant et du senti, écrit Lévinas pour décrire la proximité sensible des corps, c'est-à-dire la volupté. L'érotisme doit beaucoup à la curiosité, ou plutôt la fascination, pour un corps fait autrement que le nôtre.
Plus profondément, l'érotisme est la promesse de la coïncidence, pourtant impossible sinon charnellement, entre ces deux mondes que sont deux personnes distinctes (voir Le Banquet de Platon et le discours qu'il met dans la bouche d'Aristophane).
Ainsi, l'acte amoureux participe de la profanation. L'érotisme est une joute, où il s'agit d'amener l'autre à sortir de son retrait, à s'exposer. La caresse serait selon Sartre une véritable incantation. Elle invite le partenaire à investir son corps, à être son corps, à s'offrir, non comme pure chair, mais comme chair habitée par une personne, une liberté. Mais, note Michel Leiris, « tenir le sacré » c'est «finalement le détruire en le dépouillant peu à peu de son caractère d'étrangeté».
Toujours dans Le Banquet de Platon, on voit Socrate expliquer que l'érotisme vise plus haut que la communauté et la complémentarité des amants, qu'il fait signe vers le Vrai.
Comme la religion, l'érotisme confronte l'individu à une puissance créatrice qui le dépasse. Moins peut-être Dieu, ou l'Idée du Beau, que la vie, la sexualité au sens biologique du terme, la reproduction.
Sacrée, la sexualité est à la fois effrayante et attirante. Selon Bataille, elle n'est pas tant immorale qu'elle ne suspend la morale individuelle au nom de la vie et de l'espèce. L'érotisme a ceci de commun avec la mort qu'il réfute la fermeture sur soi de l'individu, fermeture à laquelle il doit sa conscience et son moi. La pulsion sexuelle, liée à la reproduction, dépasse l'horizon de l'instinct de conservation. L'individu ne se reproduit pas parce qu'il est mortel, il est mortel afin que la vie puisse se renouveler.

Propos trouvé sur internet, avec la requête "Un blog doit-il être pornographique pour être populaire?"

"Un nu, quel qu'il soit, n'est jamais obscène en soi : l'obscénité, comme la beauté, est dans l'oeil de celui qui regarde. Secundo, il ne faut pas confondre nudité, obscénité et pornographie. La pornographie résulte d'un désir délibéré de son auteur de provoquer l'émoi sexuel chez le spectateur... ou le lecteur et éventuellement, de lui suggérer plus ou moins ouvertement les "manoeuvres" (au sens premier du terme...) destinées à "évacuer" les tensions engendrées par cette pornographie ; laquelle ne peut être condamnable que si elle engendre ces tensions chez des êtres qui ne sont en état ni de la comprendre, ni de la gérer, ni en âge de l'assumer en toute conscience. C'est pourquoi elle doit rester interdite aux mineurs. Tout le reste n'est qu'hypocrisie. Maintenant, il y a des tas d'interprétation possibles. Sinon permise, quant à elles !"
A suivre...





dimanche 5 août 2012

Alfred Kinsey et les comportements sexuels

Si vous avez fait le test http://www.psychomedia.qc.ca/tests/klein, sachez que la grille est une extension de la célèbre grille de Kinsey, post de départ : (hétérosexuelle-bisexuelle-gay)

Alfred C Kinsey, (1894-1956) est zoologue de formation, sa première publication porte sur les plantes comestibles d'Amérique du Nord, un sujet assez éloigné de celui qui fera de lui un des scientifiques les plus controversé dans l'Amérique des années 50. Alfred Kinsey reçoit une éducation ultra conservatrice de son père, un pasteur méthodiste. Il suit des études de psychologie et de biologie et en 1919, il sort diplômé d'un Doctorat es Sciences de l'Université de Harvard. Dès 1920 Alfred Kinsey exerce comme professeur assistant en zoologie à l'Université d'Indiana, il consacre les 20 premières années de sa vie professionnelle à l'entomologie. C'est à l'Université d'Indiana qu'il rencontre Clara McMillan qui deviendra sa femme et accompagnera toute sa carrière.


Kinsey offre en apparence l'image du parfait représentant de l'américain moyen et de sa pruderie (on verra plus loin qu'en matière de sexualité il a savamment mêler curiosité scientifique et expérimentation personnelle), faisait preuve d'un totale tolérance pour les comportements sexuels. Il avait épousé la première femme avec laquelle il était sorti et passa toute sa vie avec elle et ses valeurs personnelles étaient on ne peut plus traditionnelles. Pater familias, Kinsey aimait réunir le dimanche collègues et étudiants pour écouter des disques de musique classique, tout en dégustant du café et des tartes faites maison. Pour avoir suggéré de plutôt passer un boogie-woogie l'épouse de l'un de ses assistants fut bannie de ces soirées dominicales. L'un de ses collègues Wardell Pommeroy le surnommait "La Mère supérieure". Mais en lui le scientifique restait toujours aux aguets, ainsi à un postulant à un poste d'assistant il répond : "vous venez de me dire que les relations sexuelles avant le mariage peuvent avoir un effet nocif sur celui-ci, que les relations extra conjugales brisent les mariages, que l'homosexualité est anormale et que l'idée de relations sexuelles avec des animaux est grotesque. Apparemment, vous connaissez déjà toutes les réponses. Pourquoi tenez vous autant à faire de la recherche ?"
C'est "accidentellement" qu'il change de discipline. En 1938 alors qu'il enseigne à 'université de Bloomington dans l'Indiana, un groupe d'étudiants réclame un cours sur la sexualité et le mariage c'est à Kinsey qu'il échoit. Il constate alors l'absence quasi totale de sources documentaires sur le sujet. Il questionne tout d'abord ses étudiants sur leurs comportements sexuels. Il dira plus tard que ces entretiens ont été pour lui une mine d'or; De plus en plus fasciné par son sujet, il y consacre de plus en plus de temps déclenchant une série de plaintes contre son cours de la part de parents, du clergé local et de quelques collègues conservateurs. Il renonce alors à l'enseignement pour se consacrer à la recherche. Cette nouvelle recherche comprend des milliers de questionnaires anonymes, ainsi que des « tests pratiques » menés par lui-même et ses collaborateurs. A la suite de ses travaux Kinsey constate l'abime qui sépare les pratiques sexuelles telles que la société les voudrait et les pratiques réelles. En 1943 il obtient un don de 23 000 dollars de la fondation Rockfeller.

En 1948 en présentant son rapport sur "Le comportement sexuel de l'homme" ("Sexual Behavior in the Human Male") Kinsey constate que la sexualité des animaux est mieux connue qu'elle des hommes. Cinq mille trois cent américains blancs, différents par l'age, le niveau d'instruction, la profession, leur situation conjugale... ont répondu à cinq cents questions sur leur vie sexuelle. L'ouvrage est publié chez un éditeur d'ouvrages médicaux, pour éviter tut caractère sensationnaliste, il comptait huit cent quatre pages, Kinsley avait abandonné ses droits d'auteur au profit de son équipe de l'Institut de recherche sexuelle de l'Université d'Indiana "(Institute for Sex Research", rebaptisé plus tard rebaptisé plus tard "Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction" ). Ses conclusions peuvent sembler aujourd'hui banales : de bonnes relations sexuelles font un bon mariage, l'homosexualité est plus répandue qu'on ne veut bien le croire, la masturbation ne rend pas malade, les relations sexuelles avant le mariage donnent des couples mieux assortis... mais a replacer dans le contexte d'une Amérique où les censeurs interdisaient encore que l'on montre, au cinéma, un couple dans une chambre à coucher. Il examine avec un regard dépourvu de tout jugement de valeur les différentes pratiques sexuelle avec un seul critère : leurs représentativités statistiques. la personnalité psychique de l’individu importe peu pour cette comptabilité sociale.
Au bout de 10 jours, de réimpression en réimpression l'ouvrage de Kinsley atteint 185 000 exemplaires, selon «Time Magazine»: «Les libraires n'ont rien vu de tel depuis "Autant en emporte le vent"!» «Le best-seller le plus sensationnel de la saison», avance «Newsweek». «Pour trouver un livre scientifique approchant les ventes de celui-ci, il faut probablement remonter à "l'Origine des espèces" de Darwin», note «Life». L'ouvrage bien accueilli dans un premier temps, dans les milieux scientifiques comme auprès de l'homme de la rue, il doit ensuite faire face à la réplique de ses adversaires face aux remise en cause qu'il déclenche. C'est une bombe atomique sociale«, écrit le Time. Bruce Bliven, journaliste au New Yorker, pense que le rapport Kinsey contient plus de dynamite qu’aucun autre document scientifique publié depuis le livre de Darwin sur l’origine des espèces. "Le rapport Kinsey nous révèle que 85 % des jeunes gens du pays sont théoriquement des “criminels” " notent M.L. Ernst et D Loth (l'adultère est alors un délit dans la plupart des états et l'homosexualité est durement réprimée, la Géorgie condamne la sodomie, ainsi que 13 États fédérés, situés en majorité dans le sud des États-Unis, le Texas, le Kansas, l'Oklahoma, le Missouri, condamnent, eux, la fellation.).

Harolds Dodds, président de Princeton déclare "Il est bien possible que les journaux de bas étage qui ont fait le lien entre le rapport et les mots orduriers que les petits garçons écrivent sur les palissades aient révélé une vérité scientifique plus profonde que la surabondance de propos vulgaires accumulés dans le rapport lui-même". Les conservateurs chrétiens qualifient Kinsey de maniaque sexuel et lui reprochent d’inciter à l’homosexualité, la pédophilie et autres pratiques sexuelles « perverses ». Mgr Sheehy, de l'Université catholique de Washington, dénonce le «livre le plus antireligieux de notre époque». Margaret Mead, anthropologue célèbre, dénonce ce livre qui ne guide pas les jeunes gens et ne leur suggère «aucun moyen de choisir entre une femme et un mouton»... La fondation Rockfeller subit des pressions pour supprimer ses subventions à Kinsey, elle se voit menacée d'une enquête sénatoriale et est prise a partie par divers théologiens.

En France "Jusqu’au début des années 1950, seuls la presse à sensation, les humoristes ou les amateurs de littérature érotique se sont emparés du premier rapport. Pour Daniel Guérin, ce sont des « ânes qui s’imaginent qu’il suffit d’avoir tiré un coup pour comprendre l’amour, ils ont haussé les épaules et fait les marioles ». L’allusion à Kinsey fonctionne alors comme un clin d'œil égrillard censé faire rire et surtout vendre. Avec un humour bon enfant, Roger Pierre et Jean Richard écrivent dans leurs « célèbres monologues » un sketch sur le rapport Kinsey, l’occasion est trop bonne de rire des choses du sexe : « quant aux bonnes femmes qui vous disent : “je suis frigide !” tiens mon œil ! Ça dépend de quel bois elles se chauffent ! » Propos qui ne trahissent d’ailleurs pas le point de vue de Kinsey. Plus moralisateur, Jean-Bernard Luc tourne en dérision le rapport dans sa comédie en trois actes La feuille de vigne jouée au théâtre de la Madeleine en mars 1952 sous la direction d’André Brûlé. Dans son introduction, l’auteur joue le romantisme français contre la froide statistique : « persuadé pour ma part, que le pays de Rabelais et de La Fontaine n’est pas encore mûr pour le Kinsysme : ceux qui savent aimer le vin savent aussi respecter l’amour et souhaitent les tout premiers que les feuilles de vigne continuent à pousser partout où le désir trouve bon qu’elles poussent ». Le rapport Kinsey peut également parfois servir de prétexte à une littérature érotique tel ce livre au titre prometteur, Mon comportement sexuel, une Française répond au questionnaire Kinsey, où toutes les expériences sexuelles de la jeune femme sont racontées par le menu" "Kinsey en France" - Sylvie Chaperon

En 1949 Kinsey, dans le cadre de sa recherche sur l'homosexualité et l'érotisme masculin gay entame une relation amicale et professionnelle avec le photographe Platt Lynes. Il lui achète plus de six cents tirages et plusieurs centaines de négatifs pour ses archives. A la m^me époque trouvant dans "Un tramway nommé Désir" de Tennessee Williams le pendant artistique de son travail, il écrit à Tenessee Wiliams : "Nous avons entrepris une étude extensive de l'érotisme dans l'art. Cela recouvre la peinture, l'écriture, la scène, etc. L'une des pièces que nous avons étudiées en détail est votre"Tramway". Nous avons eu le bonheur d'obtenir les confidences d'une bonne partie des acteurs des deux compagnies qui l'ont montée, ce qui nous a permis de mettre leur jeu en corrélation avec leur histoire personnelle sur le plan sexuel.. Il y a un très grand nombre de points de la pièce que nous aimerions discuter avec l'auteur....".
Le deuxième ouvrage "Le comportement sexuel de la femme" ("Sexual behavior in the human female") parait à l'automne 1953. Kinsey a parfaitement conscience du caractère encore plus subversif de ce rapport. Ce qui pouvait être (relativement) acceptable pour les hommes ne l’est pas pour les femmes. Entre autres, Kinsey réfute totalement l’orgasme vaginal en affirmant l'insensibilité presque complète de l’intérieur du vagin et du col de l’utérus, considérant le clitoris comme l'organe principal du plaisir sexuel féminin. Kinsey rapproche la sexualité féminine de celle des hommes, physiologiquement, il constate que l’excitation, l’acmé et la détumescence sont identiques pour les deux sexes.

Le tirage atteint 250 000 exemplaires et déclenche la tempête. Le révérend Billy Graham déclare "Il est impossible d'estimer les dégâts que fera ce livre sur la morale déjà si détériorée de l'Amérique", le théologien Henry P Van Dusen enfonce le clou "Les aspects les plus inquiétants sont l'absence du moindre écœurement éthique spontané devant les apriori de l'étude et l'incapacité, de la part des lecteurs, à mettre le doigt sur la fausseté de ces a priori; Car les présupposés du rapport Kinsey sont strictement bestiaux..."

Ce deuxième rapport est plus que n'en peut supporter la fondation Rockfeller qui met fin à ses subventions. L'Amérique n'est pas prête à entendre que 62% des femmes interrogées se masturbent ou que 26% trompent leur mari, ni qu'une nymphomane pour Kinsey c’est tout simplement «quelqu’un qui fait l’amour plus souvent que vous». "Kinsey établissait, en outre, une échelle, allant de l’hétérosexualité exclusive à l’homosexualité exclusive, qui contredisait la théorie selon laquelle les homosexuels constitueraient un groupe à part à l’intérieur de la population, et remettait en cause l’assimilation de l’homosexualité à une pathologie. Ces conclusions allaient, de plus, à l’encontre des stéréotypes qui tendaient à associer homosexualité masculine et féminité, lesbianisme et masculinité, offrant une grille de lecture beaucoup plus complexe des relations entre genre et homosexualité." Florence Tamagne. «Presque toutes les prétendues perversions sexuelles relèvent de la normalité biologique», dit-il à ses étudiants, et «il n'y a que trois formes d'anomalies sexuelles: l'abstinence, le célibat et le mariage remis à plus tard». 
Kinsey redouble alors d'efforts, «Depuis qu'il s'intéresse au sexe, c'est à peine si je vois mon mari le soir.» disait Clara Kinsey, mais souffrant de problèmes cardiaques il est hospitalisé à plusieurs reprises et il meurt, à 62 ans, le 25 aout 1956. Son courage et sa curiosité scientifique ont largement contribué à la libération des mœurs. En 1997 James Jones révèle, dans "Alfred Kinsey : A Public/Private Life" que Kinsey avait entretenu, des années durant, une relation homosexuelle avec l'un de ses assistants et que le réunions musicales du dimanche lui permettaient de filmer les ébats de ses collègues et de leurs épouses, dans le cadre de ses recherches, Kinsey lui même ou son épouse passant sans problème de l'autre côté de la caméra. Il adorait apparemment jardiner quasi nu, bien en vue. Son autre biographe Jonathan Gathorne-Hardy affirme que l'appétit de Kinsey pour le sexe hors norme et son dédain de la morale sexuelle traditionnelle de l'époque, l'ont incité à éliminer la culpabilité entourant le sexe et à miner la moralité traditionnelle. Mais comme le demande Eric Frassin dans Le Monde « pour faire œuvre de savant, un brevet de bonnes mœurs serait-il requis ? »

60 ans après Kinsey reste la cible des fondamentalistes et des franges les plus conservatrices de la société américaine, en guerre contre la libération des mœurs : «On ne peut certes pas attribuer la révolution sexuelle à une seule personne, mais pour ce qui est de fournir une excuse scientifique pour attaquer la moralité la plus élémentaire, Kinsey a montré le chemin», dit par exemple Robert Knight. «Ces attaques virulentes contre Kinsey montrent que les conservateurs sentent qu'ils perdent la partie. La controverse que Kinsey a précipitée en 1948 a exposé des lignes de fracture de notre société, sur la vie privée, qui n'ont pas changé depuis; ce qui a changé, ce sont les mœurs des Américains, qui se sont nettement rapprochés de Kinsey.» dit James Jones.  Sources

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