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samedi 16 février 2013

Qui sont les présocratiques?

Ce sont les philosophes grecs qui ont vécu avant Socrate...Ils sont disséminés tout autour de la Méditerranée.
Il ne reste pratiquement rien d'eux à part quelques fragments épars, leurs livres ont disparu dans les incendies successifs de la bibliothèque d'Alexandrie. Il ne nous reste pour la plupart que des rumeurs, des anecdotes, des citations colportées par d'autres philosophes plus récents.
Ces hommes qui ont vécu sur les franges du monde grecs sont rapidement devenus des êtres surnaturels  aux paroles divines et aux pouvoirs magiques.
Thalès en Ionie, Asie mineure, Turquie ; Pythagore, île de Samos ; Empédocle en Sicile ; Parnémide dans le sud de l'Italie.
Chez eux tout est mélangé, la poésie, la religion, la philosophie et la science.
La poésie est une écriture magique car par elle la présence des choses nous est donnée et sa beauté semble venue d'ailleurs. La dimension religieuse n'est pas à sous-estimer, car lorsque les dieux sont censés dire la vérité et la justice aux hommes c'est en vers qu'ils le font. Les présocratiques sont des inspirés, et même des illuminés.

Les philosophes cherchent l'élément primordial de toutes choses

Thalès et l'eau, Anaximène et l'air, Héraclite et le feu, Anaximandre et l'infini, Anxagore et l'esprit, Démocrite et l'atome, Empédocle et l'atome, Parménide et l'être.

La philosophie est une activité de la raison, c'est des présocratiques que date la rupture entre le mythe et la vérité, entre l'opinion et le savoir. 

La philosophie est une pratique et un amour du savoir et la théorie pour eux-mêmes. 

samedi 9 février 2013

Héraclite, portrait par Nietszche

Heraclite était fier : et quand un philosophe en arrive à la fierté, c'est une grande fierté. Son action ne le porte jamais à rechercher un « public », l'applaudissement des masses ou le chœur adulateur des contemporains. S'en aller solitaire par les rues appartient à la nature du philosophe. Ses dons sont des plus rares, et dans un sens, contre nature, exclusifs et hostiles même à l'égard des dons semblables. Le mur de la satisfaction de soi-même doit être de diamant, pour ne pas rompre ni se briser, car tout est en mouvement contre lui. Son voyage vers l'immortalité est plus semé d'obstacles et d'entraves qu'aucun autre; et pourtant nul ne peut croire plus sûrement que le philosophe qu'il arrivera au but par cette voie — il ne saurait où se tenir sinon sur les ailes déployées de tous les temps; la non-considération des choses présentes et instantanées composant l'essence de la grande nature philosophique. Lui a la vérité : libre à la roue du temps de tourner dans l'un ou l'autre sens : jamais elle n'échappera à la vérité. Il importe d'apprendre que de pareils hommes ont vécu une fois. Jamais l'on n'oserait imaginer la fierté d'Heraclite comme une possibilité oiseuse. Tout effort vers la connaissance paraît, de par sa nature, éternellement insatisfait et insatisfaisant. Aussi nul ne voudra croire s'il n'est renseigné par l'histoire, à la réalité d'une opinion de soi aussi royale que celle que confère la conviction d'être l'unique et heureux prétendant de la Vérité. De pareils hommes vivent dans leur propre système solaire : c'est là qu'il faut aller les trouver. Un Pythagore, un Empédocle, traitaient leur propre personne avec une surhumaine estime, avec une crainte quasi religieuse; mais le lien de la compassion noué à la grande conviction de la migration des âmes et de l'unité de tout ce qui est vivant, les ramenait aux autres hommes, pour le salut de ces derniers. Quant au sentiment de solitude dont était pénétré l'ermite éphésien du temple d'Artemis, on n'en saurait éprouver quelque chose qu'au milieu des sites alpestres les plus désolés. Nul sentiment de toute puissante pitié, nul désir de venir en aide, de guérir ou de sauver n'émane de lui. C'est un astre sans atmosphère. Son œil, dont l'ardeur est toute dirigée vers l'intérieur, n'a qu'un regard éteint et glacial, et comme de pure apparence, pour le dehors. Tout autour de lui les vagues de la folie et de la perversité battent la forteresse de sa fierté : il s'en détourne avec dégoût. Mais de leur côté les hommes au cœur sensible évitent une pareille larve comme coulée de bronze; dans un sanctuaire reculé, parmi les images des dieux, à l'ombre d'une architecture froide, calme et ineffable, l'existence d'un pareil être se conçoit encore. Parmi les hommes, Heraclite, en tant qu'homme, était inconcevable; et s'il est vrai qu'on a pu le voir observant attentivement le jeu d'enfants bruyants, il est vrai aussi que ce faisant il a songé à quelque chose à quoi nul homme ne songe en pareil cas : au jeu du grand entant universel, Zeus. Il n'avait point besoin des autres hommes, pas même pour ses connaissances; il ne tenait point à leur poser toutes les questions que l'on peut leur poser, ni celles que les sages s'étaient efforcés de poser avant lui. Il parlait avec mépris de ces hommes interrogateurs, accumulateurs, bref, de ces hommes « historiques ». « C'est moi-même que je cherchais et explorais », disait-il en se servant d'un terme qui définit l'approfondissement d'un oracle : tout comme s'il eût été le véritable et l'unique exécuteur de la sentence delphique : « Connais-toi toi-même! »

Quant à ce qu'il percevait dans cet oracle, il le tenait pour la sagesse immortelle et éternellement digne d'interprétation, d'un effet illimité dans le lointain avenir, à l'exemple des discours prophétiques de la Sibylle. Il y en a suffisamment pour l'humanité la plus tard venue : pourvu qu'elle veuille seulement interpréter comme une sentence d'oracle ce que lui « n'exprime ni ne cache » tel le dieu delphique. Et encore qu'il l'annonce « sans sourire, sans ornement ni parfum » mais bien plutôt avec « une bouche écumante », il faut que cela parvienne jusqu'aux millénaires de l'avenir. Car le monde a éternellement besoin de la vérité, il a donc éternellement besoin d'Heraclite : quoiqu'Héraclite n'en ait point besoin lui-même. Que lui importe sa gloire?

La gloire chez « les mortels qui sans cesse s'écoulent! » s'est-il écrié avec ironie. Sa gloire intéresse sans doute les humains, elle ne l'intéresse pas lui-même; l'immortalité des humains a besoin de lui, et non pas lui-même de l'immortalité de l'homme Heraclite. Ce qu'il a vu, la doctrine de la loi dans le devenir et du jeu dans la nécessité, doit dès maintenant être vu éternellement : il a levé le rideau sur le plus grand de tous les spectacles. (Sources)

Héraclite, l'obscur

Héraclite est universellement reconnu comme le philosophe du devenir, c'est-à-dire du changement perpétuel de toutes choses. Pour lui, rien n'est stable, tout change à tout moment, "tout s'écoule". Même les montagnes, symboles de pérennité, se transforment imperceptiblement sous l'action ininterrompue de l'érosion. Et le plus remarquable est que dans ce mouvement, chaque chose devient autre en restant cependant la même. C'est ce qu'indique la célèbre formule : 
"On ne se baigne jamais dans le même fleuve". 
Le fleuve dans lequel j'entre aujourd'hui est bien le même que celui dans lequel je suis entré hier, mais ses eaux depuis se sont renouvelées, faisant de lui un fleuve autre. L'image du fleuve s'applique d'ailleurs à l'univers tout entier, dont l'unité toujours renaissante est garantie par le feu primitif. Thalès faisait de l'eau la couse première de toute chose. Pour Héraclite, c'est le feu (lequel évoque à la fois la lutte et la destruction) qui fait figure de substance primordiale. Mais le feu cosmique n'est pas seulement un principe d'ordre physique : c'est aussi un principe d'ordre rationnel, puisque Héraclite assimile le feu au logos - la raison universelle commune à tous les hommes. Gouverné par le logos, chaque phénomène évolue invariablement vers son contraire, dans un mouvement cyclique ou commencement et fin coïncident : le jour engendre la nuit qui engendre à son tour le jour et ainsi de suite...

Héraclite est aussi le penseur de la contradiction. L'harmonie du monde résulte en effet de la tension instable des contraires. La vie n'est pas concevable sans la mort, laquelle suppose à son tour la vie. Vie et mort sont tellement nécessaires l'une à l'autre qu'en réalité, elles ne forment qu'un, comme les deux faces d'une même médaille. Dépassant les oppositions suggérées par la langage, Héraclite voit dans la guerre, le père le roi de tout. Sur la lyre, l'harmonie naît de la rencontre du grave et de l'aigu. De même, aucune génération n'est possible chez les animaux sans l'union de deux individus de sexe opposé.

Cette méditation du devenir exercera un profonde influence sur toute l'histoire de la philosophie : Hegel verra dans l'harmonie des contraires les prémisses de la dialectique ; Nietzsche saluera le présocratique Héraclite comme l'un de ses ancêtres.
Mobilisme universel

mercredi 18 juillet 2012

Les présocratiques

 Ce sont les premiers philosophes du monde occidental. Ils inaugurent une nouvelle façon de pensée, ils cessent de répéter ou de commenter les grands poèmes mythologiques pour proposer de l'univers et de sa genèse une explication d'ordre rationnel. Ce ne sont plus des dieux qui gouvernent le monde mais des principes permanents : les nombres, l'eau, l'air, le feu qui n'ont rien de surnaturel. La vérité ne se donne plus dans la révélation mais se conquiert par la confrontation des arguments et des idées.
Pythagore de Samos est persuadé que les nombres sont le principe clef de l'univers tout entier. C'est lui qui a inventé le mot philosophie et c'est aussi un mystique. Il croit en la métempsycose. L'âme, en punition des fautes passées est retenue prisonnière d'un corps. L'incarnation n'est pour l'âme qu'une incarcération provisoire. La mort annonce la renaissance dans un autre corps, jusqu'à ce que l'âme purifiée à la fois par des vertus et pas la pratiques des rites initiatiques, mérite enfin d'être libérée de tout corps.
Empédocle voit dans la matière quatre éléments (la terre, l'eau, l'air et le feu), tandis que les principes moteurs de cet univers seraient la haine qui dissocie et l'amour qui réunit.
Anaxagore pense que les éléments du monde sont ordonnés par une intelligence cosmique, le Noûs.
Pour Héraclite d'Ephèse, tout change, tout s'écoule, la mort succède à la vie, le jour à la nuit, la veille au sommeil, la mobilité universelle.
Pour Parmènide, la mobilité n'est qu'une illusion qui trompe nos sens, ce qui est réel, c'est l'être unique, immobile, immuable, éternel. L'être est, le non-être n'est pas.
Démocrite tente de concilier les deux doctrines pas sa philosophie des atomes éléments éternels dont les combinaisons changeantes sont infinies.
Les sophistes et leur scepticisme engendré par la multitudes des doctrines contradictoires, l'abus de la rhétorique et par l'accroissement de l'individualisme et la décadence des moeurs.
Enfin, Protagoras d'Abdère disait que l'homme est la mesure de toute chose, qu'il n'y a pas de vérité absolue, il n'y a que des opinions relatives à celui qui les énonce.

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