Le désir n'est pas le manque. Ne voir dans le désir que le manque, c'est seulement déceler la négativité du désir.
Le désir porte en lui un élan créateur, un élan positif, une puissance de transformation, la vie se donnant à elle-même en nous.
Il y a désir et désir.
Il y a des désirs centraux et des désirs périphériques, des désirs qui sont de vrais élans de l'âme et d'autres qui sont des excroissances anarchique de l'intellect, de pousses qui n'ont pas leur racine dans le soi.
Faire la différence entre les vrais et les faux désirs. (vrai et faux au sens d'authentique et inauthentique)
Le vrai désir, c'est celui qui pousse dans le coeur, le faux désir, celui qui pousse dans la tête. L'un correspond à une affirmation vraie, centrale de soi-même, l'autre n'est qu'une suggestion intellectuelle sans résonance dans l'intériorité.
Le faux désir est engendré par la pensée imaginant un manque et se faisant peur en représentant la privation de l'objet du désir dans le futur. Il résulte d'une comparaison désastreuse avec autrui, il ne met pas en rapport un élan du dedans avec une nécessité poussée au dehors, il porte en lui un manque.
Le faux désir est indissociable de la sensation de séparation et d'incomplétude.
Mais le vrai désir n'est pas marqué par la séparation ni l'incomplétude, il n'est pas un compensation ou une compulsion, il coopère avec soi, il porte la complétude du soi, il ne va pas négativement vers son objet, comme pour fuir une souffrance, car il est aventure, conquête, il est une étincelle de passion sans motif autre que la joie de désirer.
Le vrai est une puissance de création, de création de soi par soi.
Il peut y avoir plusieurs formes de désirs. Il y a des désirs qui semblent centrés sur l'ego, ses manques, ses frustrations secrètes, ses attentes. Quand le désir est seulement l'expression de l'ego, il est marqué par le manque, lié au passé.
Le désir généreux n'a rien d'une faiblesse, d'un manque, il participe au mouvement d'expansion du coeur.
Quand le désir va au-delà de l'ego, il libère la puissance d'affirmation et de transformation que la vie contient en elle. Le désir devient don.
Toute chose tend à s'affirmer et pas seulement l'homme. La vie se veut elle-même, cherche sa propre expansion. Cette puissance d'expression infinie est l'essence même de l'homme.
"Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être", l'effort, le conatus pour Spinoza.
Cet effort est appelé volonté quand il désigne la puissance de l'âme seule, il est appelé besoin, appétit, quand il est envisagé dans le relation de l'âme au corps.
Le désir est l'appétit avec conscience de lui-même. Il est le fondement de la valorisation de son objet.
Si le désir participe de la puissance de l'affirmation de la vie, il est affirmation positive du Soi le plus intime de la vie.
La nature du conatus, la tendance de la vie à persévérer dans son être et à accroître toujours davantage son être propre.
Spinoza dit que le désir l'essence de l'homme, il a vu dans le désir l'expression de la puissance d'affirmation de la Vie.
Si le désir est l'essence de l'homme, nier le désir reviendrait à nier l'humanité. Condamner le désir, c'est le regarder comme ne faisant par partie de la nature et comme ne faisant pas partie de la nature humaine.
On ne peut pas renier le désir sans renier la vie.
Nietzsche, dans " Le Crépuscule des Idoles", conduit un procès très sévère de la représentation ascétique du désir telle qu'on la trouve dans la religion.
Seulement, dès que le désir se met en mouvement, il prend aussi nécessairement conscience de lui-même et il ne peut pas rester en l'état. Un désir mûrit, grandit, s'affirme.
La représentation, ascétique est morbide, un élément inessentiel de la vie, c'est la marque du péché et du mal. C'est pour un être humain devenir desséché, ne plus être habité par la vie.
Pour certain, l'ascétisme religieux n'a pas vu la possibilité d'une transfiguration, d'une divinisation du désir mais comme un élément ne faisant pas partie de la vie sacrée mais seulement profane.
Pour Nietzsche, en introduisant cette dualité entre le profane et le sacré et en voyant dans la sainteté un état où le désir a été extirpé, la religion a imposé le rigorisme de la morale ascétique avec toute la puissance de la répression et de reniement de soi.
Porter nos désirs dans la pleine lumière de la conscience, pour entrevoir que le processus du désir s'accompagne d'une projection de la représentation d'un manque. Manque de l'autre, manque de reconnaissance. Manque d'affection, manque de soi.
Mais il n'y a pas non plus que le manque dans l'objet du désir. Il y a dans le désir une force. C'est la vie qui se veut elle-même, elle cherche à se confirmer à s'accroître.
Tout désir appartient au soi. L'essence du désir n'est pas dans son objet, mais dans le sujet qui désire. Désirer, c'est se manifester, se donner à soi dans la manifestation perpétuelle de soi, dans une création du soi par soi.
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