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samedi 9 mars 2013

Le désir, IIIè et dernière partie

Le désir n'est pas le manque. Ne voir dans le désir que le manque, c'est seulement déceler la négativité du désir.
Le désir porte en lui un élan créateur, un élan positif, une puissance de transformation, la vie se donnant à elle-même en nous.

Il y a désir et désir.
Il y a des désirs centraux et des désirs périphériques, des désirs qui sont de vrais élans de l'âme et d'autres qui sont des excroissances anarchique de l'intellect, de pousses qui n'ont pas leur racine dans le soi.
Faire la différence entre les vrais et les faux désirs. (vrai et faux au sens d'authentique et inauthentique)
Le vrai désir, c'est celui qui pousse dans le coeur, le faux désir, celui qui pousse dans la tête. L'un correspond à une affirmation vraie, centrale de soi-même, l'autre n'est qu'une suggestion intellectuelle sans résonance dans l'intériorité.
Le faux désir est engendré par la pensée imaginant un manque et se faisant peur en représentant la privation de l'objet du désir dans le futur. Il résulte d'une comparaison désastreuse avec autrui, il ne met pas en rapport un élan du dedans avec une nécessité poussée au dehors, il porte en lui un manque.
Le faux désir est indissociable de la sensation de séparation et d'incomplétude.
Mais le vrai désir n'est pas marqué par la séparation ni l'incomplétude, il n'est pas un compensation ou une compulsion, il coopère avec soi, il porte la complétude du soi, il ne va pas négativement vers son objet, comme pour fuir une souffrance, car il est aventure, conquête, il est une étincelle de passion sans motif autre que la joie de désirer. 
Le vrai est une puissance de création, de création de soi par soi.
Il peut y avoir plusieurs formes de désirs. Il y a des désirs qui semblent centrés sur l'ego, ses manques, ses frustrations secrètes, ses attentes. Quand le désir est seulement l'expression de l'ego, il est marqué par le manque, lié au passé.
Le désir généreux n'a rien d'une faiblesse, d'un manque, il participe au mouvement d'expansion du coeur.
Quand le désir va au-delà de l'ego, il libère la puissance d'affirmation et de transformation que la vie contient en elle. Le désir devient don.

Toute chose tend à s'affirmer et pas seulement l'homme. La vie se veut elle-même, cherche sa propre expansion. Cette puissance d'expression infinie est l'essence même de l'homme. 
"Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être", l'effort, le conatus pour Spinoza.
Cet effort est appelé volonté quand il désigne la puissance de l'âme seule, il est appelé besoin, appétit, quand il est envisagé dans le relation de l'âme au corps.
Le désir est l'appétit avec conscience de lui-même. Il est le fondement de la valorisation de son objet.
Si le désir participe de la puissance de l'affirmation de la vie, il est affirmation positive du Soi le plus intime de la vie.
La nature du conatus, la tendance de la vie à persévérer dans son être et à accroître toujours davantage son être propre.
Spinoza dit que le désir l'essence de l'homme, il a vu dans le désir l'expression de la puissance d'affirmation de la Vie.
Si le désir est l'essence de l'homme, nier le désir reviendrait à nier l'humanité. Condamner le désir, c'est le regarder comme ne faisant par partie de la nature et comme ne faisant pas partie de la nature humaine.

On ne peut pas renier le désir sans renier la vie.
Nietzsche, dans " Le Crépuscule des Idoles", conduit un procès très sévère de la représentation ascétique du désir telle qu'on la trouve dans la religion.
Seulement, dès que le désir se met en mouvement, il prend aussi nécessairement conscience de lui-même et il ne peut pas rester en l'état. Un désir mûrit, grandit, s'affirme.
La représentation, ascétique est morbide, un élément inessentiel de la vie, c'est la marque du péché et du mal. C'est pour un être humain devenir desséché, ne plus être habité par la vie.
Pour certain, l'ascétisme religieux n'a pas vu la possibilité d'une transfiguration, d'une divinisation du désir mais comme un élément ne faisant pas partie de la vie sacrée mais seulement profane.
Pour Nietzsche, en introduisant cette dualité entre le profane et le sacré et en voyant dans la sainteté un état où le désir a été extirpé, la religion a imposé le rigorisme de la morale ascétique avec toute la puissance de la répression et de reniement de soi. 

Porter nos désirs dans la pleine lumière de la conscience, pour entrevoir que le processus du désir s'accompagne d'une projection de la représentation d'un manque. Manque de l'autre, manque de reconnaissance. Manque d'affection, manque de soi.
Mais il n'y a pas non plus que le manque dans l'objet du désir. Il y a dans le désir une force. C'est la vie qui se veut elle-même, elle cherche à se confirmer à s'accroître.
Tout désir appartient au soi. L'essence du désir n'est pas dans son objet, mais dans le sujet qui désire. Désirer, c'est se manifester, se donner à soi dans la manifestation perpétuelle de soi, dans une création du soi par soi.

Vous pouvez retrouver l'intégralité de la leçon, des textes annexés, et beaucoup d'autres choses sur : Philosophie et spiritualité

vendredi 8 mars 2013

Le désir, IIè partie

Le désir est perçu comme superflu, artificiel et pas naturel. Il est opposé au nécessaire qui est la dimension du besoin.
Il y a un passage depuis l'ordre mental du désir vers le plan vital du besoin. Le désir caractérise la conscience mentale.
On passe du besoin au désir en différenciant le moi-naturel (celui du désir naturel) du moi-humain. Tant que la conscience en reste à la seule satisfaction de ses tendances, elle est enfermée dans le narcissisme du besoin.
Selon Hegel, le moi ne désire pas tout seul, le moi désire en rapport à un autre moi. L'entrée en scène du désir est l'apparition de la conscience de l'autre et donc de la sociabilité, contribue à la fierté, le sentiment d'être envié.
Le désir implique la relation intersubjective du moi avec l'autre moi. Il y a dans le désir le plus simple une dimension qui est celle du désir de reconnaissance propre de l'ego. Ce que l'ego cherche c'est à se faire valoir devant un autre ego.
Le moi doute tellement de sa propre valeur qu'il veut se voir confirmé dans sa valeur par autrui.
La reconnaissance se sert de l'artifice comme d'un faire-valoir. C'est la représentation qui donne le plus de valeur.
Ce que nous désirons est plutôt dans ce que nous nous représentons comme indispensable pour avoir une valeur devant autrui.
L'objet du désir prend son sens dans la relation. Il renforce l'ego, la satisfaction du désir est purement mentale, ce qui compte ce n'est pas l'objet. Cette dimension mentale du désir est sa vraie distinction d'avec le besoin.

Tout désir naît d'un manque. La représentation du manque fait naître l'envie.
L'envie est ce désir qui serre le ventre, cette conscience douloureuse, obsessionnelle du manque. Il y a un immense besoin de compensation du manque d'être. Dans ce manque psychique, il y a une dimension métaphysique. 
Platon dans le Banquet se sert d'un mythe pour évoquer la nature du désir : le mythe de la naissance d'Eros.
Le désir porte en lui le manque, il porte cette ambiguïté de participer à la fois de la plénitude et du manque et cela de manière indissociable.
Mais désir est par nature idéaliste, il tend vers la plénitude, ce qui ne veut pas dire qu'il la possède, c'est une aspiration à la plénitude. 
Cela dit c'est un privilège de l'homme que de pouvoir désirer. Celle une créature qui est à la fois mortelle possédant un corps de chair et ayant par son âme une parenté avec l'éternelle peut désirer. Le désir porte en lui une aspiration au parfait, c'est une élévation vers la Perfection.
Dans le Banquet, Platon interprète le manque à travers le mythe de l'androgyne, créature à la fois mâle et femelle, sphériques, complets, symbole de la perfection. Zeus les coupe en deux et la condition des hommes n'est plus la même, puni en étant divisé, plus faible. La dualité introduite dans l 'affectivité fait que chacun manque de sa moitié. Chacun cherchant son âme soeur pour s'unir et retrouver l'unité.
Aussi dans la dualité, l'idée que la complétude du Soi a été brisée, une âme coupée d'un part de soi, sa part divine. Ainsi l'âme désire en quête de sa propre totalité, ce n'est pas deux âme qui cherchent à se fondre mais chaque âme en quête d'une partie perdue d'elle-même.
Ce que nous cherchons c'est nous-même, une réconciliation totale avec soi. Le monde du désir, c'est le monde des aspirations d'un être humain qui est en quête de sa divinité.
Cependant nous préférons croire que le désir porte la promesse d'une satisfaction qui est cette récompense que nous appelons le bonheur. 

jeudi 7 mars 2013

Le désir, Ière partie

On désire ce dont on a besoin.
Le mot besoin implique l'état d'un être vivant à l'égard de ce qui est nécessaire à sa conservation. L'homme est tout à fait capable d'outrepasser ou de négliger ses besoins.
L'homme dispose d'une liberté de choix, d'un libre-arbitre, il n'est pas complètement esclave des besoins, il peut les contrôler, les refuser ou les accepter. Le besoin caractérise la conscience vitale. Il est par définition organique ou biologique.
Ce qui est en cause dans la satisfaction du besoin, c'est l'intégrité du vivant, l'intégrité de la vie biologique. Le besoin est inséparable de la tendance naturelle à la conservation de soi qui régit tout être vivant.
Les besoins matériels sont l'ensemble des satisfactions nécessaires à la conservation de l'être humain. Il y a des besoins nécessaires pour vivre. Il revient à l'économie politique de veiller à la répartition et à la satisfaction des besoins en société, structurée par l'échange et c'est l'échange qui permet la satisfaction des besoins.
L'extension abusive du terme besoin fait passer pour des besoins ce qui est de l'ordre du désir.
Dans le passage du besoin au désir, le besoin implique la structure de l'habitude. Mais dans le désir de fumer, se produit une accoutumance, qui conduit à un manque, un malaise en cas de non satisfaction. Un besoin artificiel a été crée derrière l'habitude.
Il en est de même pour tous les comportements répétitifs, compulsifs, les manies qui relèvent d'un sorte de dépendance. Ce qui est en cause c'est le propension de le conscience à se procurer une satisfaction, un besoin compulsif, ce que certains nomment passions.


jeudi 11 octobre 2012

Là, est le sens du désir...Socrate dans le banquet

Nature d'Éros
On trouve ici une référence possible au Ménon. En effet, Dans un passage de ce dialogue, Platon distingue l'« opinion droite » (orthè) de la science ou de la connaissance (epistemè). L'opinion droite serait vraie, car elle serait dans la conformité par rapport à la vérité ; seulement, l'opinion n'est pas justifiée, celui qui la détient ne sait pas pourquoi il a raison ou tort. C'est pourquoi son opinion peut changer, et devenir fausse, alors que celui qui sait pourquoi il a raison voit son opinion devenir fixe, car liée par un raisonnement. Ainsi justifiée et fixée dans l'esprit, elle devient science. Socrate, par la bouche de Diotime, ajoute ici que l'opinion droite correspond à un milieu entre science et ignorance.

Il en va de même de l'amour. Celui-ci n'est ni bon ni beau, sans quoi il ne serait pas désir, mais ce n'est pas pour cela qu'il est nécessairement l'opposé du bon et du beau, c'est-à-dire mauvais. Bien plutôt, il se trouve entre les deux. Il est un « grand démon » (daimon), un « intermédiaire entre le mortel et l'immortel ». Éros fait partie des démons, au sens grec du terme : il est chargé de faire le lien entre les dieux et les hommes, faisant remonter les prières et les sacrifices d'un côté, et descendre les ordres et les rétributions des sacrifices de l'autre.

Pour donner une origine à l'amour, Socrate a recours à un mythe. Lorsqu'Aphrodite est née, les dieux ont fait un banquet pour fêter cette naissance. Parmi eux, il y avait Poros, qui personnifie le passage (fluvial ou maritime, jamais terrestre). Après le dîner, Pénia, personnifiant la pauvreté, vient mendier. Elle voit alors Poros qui, ayant beaucoup mangé, va dans le jardin de Zeus pour y faire une sieste. Pénia a alors l'idée d'avoir un enfant de Poros, et elle profite de son sommeil pour s'unir à lui. De là vient Éros, fils de Poros et de Pénia. Il tient de ses deux parents : comme sa mère,


« il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme le croient la plupart, il est rude au contraire, il est dur, il va pieds nus, il est sans gîte, il couche toujours par terre, sur la dure, il dort à la belle étoile près des portes et sur les chemins [...] et le besoin l'accompagne toujours. »

Mais comme son père, il recherche le beau et le bon, est viril et sait chasser avec compétence. Il est à la fois philosophe, apprenti sorcier et sophiste.

De par sa nature située à mi-chemin du divin et de l'humain, l'amour n'est ni sage ni ignorant (car le sage n'a pas besoin de chercher la connaissance, tandis que l'ignorant, inconscient de sa propre ignorance, ne la cherche pas non plus) et cherche la connaissance, car il sait qu'elle lui manque.

samedi 4 août 2012

Le désir de savoir

http://etudesculturelles.blogspot.fr/
Tous les hommes ont naturellement le désir de savoir. Ce qui le témoigne, c’est le
plaisir que nous causent les perceptions de nos sens. Elles nous plaisent par elles-
mêmes, indépendamment de leur utilité, surtout celles de la vue. En effet, non
seulement lorsque nous sommes dans l’intention d’agir, mais alors même que nous ne
nous proposons aucun but pratique, nous préférons, pour ainsi dire, la connaissance
visible à toutes les connaissances que nous donnent les autres sens. C’est qu’elle nous
fait, mieux que toutes les autres, connaître les objets, et nous découvre un grand
nombre de différences.
LA MÉTAPHYSIQUE D’ARISTOTE.
LIVRE PREMIER.

samedi 28 juillet 2012

Le désir de connaître


Le désir de connaître imprime en l’homme un mouvement et la tension d’une recherche de la connaissance de l’Être ou de la Réalité. La Réalité se présente à nous dans le phénomène de l’expérience. C’est l’expérience qui relie l’homme au monde de la vie, au monde des choses et des personnes. La connaissance est l’acte de la pensée qui établit le lien entre le sujet et l’objet, au moyen de la représentation. Il doit y avoir ainsi un rapport étroit entre la connaissance et l’expérience. Connaître, n’est-ce pas toujours connaître quelque chose et en avoir l’expérience ? Si la connaissance est sans objet, elle n’a pas de contenu, ou bien, elle se résume dans les formes vides de quelques idées creuses qui ne renvoient à rien dans la réalité. Nous sommes, à partir de là, en mesure de donner une définition de la philosophie qui soit acceptable.

vendredi 27 juillet 2012

Le désir de connaître


Le désir de connaître suppose un manque, une aspiration au bonheur. Le sentiment de n'être pas parfait, et tendre vers au moins une amélioration, la perfection étant pour Dieu.
Dieu n'est pas philosophe, il n'a pas besoin de connaître, il sait tout, il ne manque de rien. La connaissance est le droit de naissance de l'être humain qui l'élève au-dessus de l'animal, c'est la condition humaine entre l'ombre et la lumière.

Lire "Le Christ Philosophe", de Frédéric Lenoir.

Résumé du livre

Pourquoi la démocratie et les droits de l'homme sont-ils nés en Occident plutôt qu'en Inde, en Chine, ou dans l'Empire ottoman ? Parce que l'Occident était chrétien et que le christianisme n'est pas seulement une religion. Certes, le message des Evangiles s'enracine dans la foi en Dieu, mais le Christ enseigne aussi une éthique à portée universelle : égale dignité de tous, justice et partage, non-violence, émancipation de l'individu à l'égard du groupe et de la femme à l'égard de l'homme, liberté de choix, séparation du politique et du religieux, fraternité humaine. Quand, au IVe siècle, le christianisme devient religion officielle de l'Empire romain, la sagesse du Christ est en grande partie obscurcie par l'institution ecclésiale. Elle renaît mille ans plus tard, lorsque les penseurs de la Renaissance et des Lumières s'appuient sur la 'philosophie du Christ' selon l'expression d'Erasme, pour émanciper les sociétés européennes de l'emprise des pouvoirs religieux et fonder l'humanisme moderne. Frédéric Lenoir raconte ici le destin paradoxal du christianisme - du témoignage des apôtres a la naissance du monde moderne en passant par l'Inquisition - et nous fait relire les Évangiles d'un oeil radicalement neuf.

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