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mardi 12 février 2013

Le corps, prison de l'âme, Platon

« SOCRATE. — […] Tant que nous aurons notre corps et que notre âme sera embourbée dans cette corruption, jamais nous ne posséderons l’objet de nos désirs, c’est-à-dire la vérité. Car le corps nous oppose mille obstacles par la nécessité où nous sommes de l’entretenir, et avec cela les maladies qui surviennent troublent nos recherches. D’ailleurs,il nous remplit d’amours, de désirs, de craintes, de mille imaginations et de toutes sortes de sottises, de manière qu’il n’y a rien de plus vrai que ce qu’on dit ordinairement : que le corps ne nous mène jamais à la sagesse. Car qui est-ce qui fait naître les guerres, les séditions et les combats ? Ce n’est que le corps avec toutes ses passions. En effet, toutes les guerres ne viennent que du désir d’amasser des richesses, et nous sommes forcés d’en amasser à cause du corps, pour servir, comme des esclaves, à ses besoins.

Voilà pourquoi nous n’avons pas le loisir de penser à la philosophie; et le plus grand de nos maux encore, c’est que, lors même qu’il nous laisse quelque loisir et que nous nous mettons à méditer, il intervient tout d’un coup au milieu de nos recherches, nous embarrasse, nous trouble et nous empêche de discerner la vérité. Il est donc démontré que si nous voulons savoir véritablement quelque chose, il faut que nous abandonnions le corps et que l’âme seule examine les objets qu’elle veut connaître. C’est alors seulement que nous jouirons de la sagesse dont nous nous disons amoureux, c’est-à-dire après notre mort, et point du tout pendant cette vie. »

Phédon, 66b-66e

mercredi 25 juillet 2012

Jogging à 10h par 26°

Ce matin, problème, le stade est occupé, les employés communaux sont en train de tondre.
Nous connaissons un chemin assez plat, donc pas question de rebrousser chemin nous nous rendons sur ce chemin.
Le problème, c'est que je n'ai plus mes repères alors on fait avec, je commence par courir en fractionné, alternance course/marche. Début 9h56, progressivement, j'allonge les temps de course.
Aujourd'hui impossible de courir pieds nus, les cailloux sont trop nombreux et les bas-côtés herbeux cachent des ronces. J'essaie pourtant, même en chaussettes mais c'est impossible.
Au bout de 30 minutes de course, le temps de course du programme de mon homme, je cours et là est la progression du jour, 15 minutes supplémentaires sans m'arrêter.
Le bilan du jour est intéressant, moins de point de côté, malgré les terrains accidentés, bosses, trous, légères pentes, une respiration plus calme dès le début et beaucoup moins d'essoufflement.
Donc 45 minutes d'entraînement et 15 minutes de course continue.
Je retrouve certaines formes aussi...voir photos...

Commentaires : Ici

mardi 24 juillet 2012

L'homme, le corps, l'image

 
Le corps est le lieu des images. C'est une sorte d'organe vivant qui les stocke et les anime. A travers l'évolution des images ou leurs substituts (par exemple un masque ou le traitement des ombres en peinture), on peut suivre les métamorphoses du corps. A l'inverse, tout changement dans la façon d'envisager le corps, toute modification des médiums-supports utilisés, entraîne une modification de la conception de l'image.La collection d'images léguée par l'histoire montre que la vision que l'homme se fait de lui-même est instable. Quand nous donnons à voir notre corps, nous y incarnons une idée. Par exemple, les chrétiens qui rejetaient l'anthropocentrisme de la culture antique déniaient le corps. Avec la relique, ils ont instauré un culte des ancêtres d'un nouveau genre où le corps en fragments (les crânes ou éléments de squelettes qui avaient été conservés) était l'indice d'une crise qui ébranlait le rapport entre image du corps et image de l'homme. Cette crise persiste aujourd'hui dans la culture européenne. On investissait l'empreinte du corps de Jésus (le linceul de Véronique ou le Saint Suaire de Turin) de la même évidence que nous accordons aujourd'hui à la photographie. Dans son image, c'est le Dieu invisible qui était rendu visible. A la Renaissance, le corps représente doublement l'homme : comme figure anatomique, et comme statue relevant d'une maîtrise géométrique et esthétique. Les artistes désirent connaître sa vérité. Ils la recherchent dans les proportions idéales, des rapports de grandeur analogues à ceux d'un temple. Mais dans la figure vitruvienne, comme l'a montré Léonard de Vinci, l'homme comme mesure de toutes choses est aussi l'homme dans les limites immanentes de son corps. Le corps naturel se fait l'agent et le délégué du sujet. A notre époque, le corps ne peut plus être représenté par une image unique. Il est pris dans un balayage qui fournit constamment des images externes, comme au cinéma, et les restitue par association et réminiscence. Entre l'image et le corps, il y a crise; mais pour autant l'image numérique ne diffère pas des autres images. Elle aussi est perçue par le corps. Quels que soient les dispositifs et agencements utilisés, l'homme est le seul lieu où les images soient perçues et interprétées dans un sens vivant. Par les images qu'il fabrique, il se distingue des autres êtres vivants, et il se distingue aussi des autres civilisations. Il s'affirme comme être culturel par les images.Le corps est un lieu de cette sorte. Les images sont produites et reconnues au contact du corps. A l'extérieur, ce sont des offres visuelles. A l'intérieur, elles peuvent être fugaces. Nous les oublions et nous nous en ressouvenons à l'improviste. Elles sont rattachées aux expériences que nous avons vécues, qui laissent derrière elles une trace invisible. Il est insuffisant d'en donner une description technique ou esthétique, car elles sont anthropologiques. Chaque homme est fondateur et héritier d'un patrimoine iconique, il est engagé dans un processus dynamique de transformation et d'interprétation des images. Les images peuvent être transmises, survivre ou périr. Elles peuvent être préservées par des institutions ou des personnes. Elles peuvent être changeantes ou immuables, être oubliées et ressurgir. On peut y croire ou les refuser, les vénérer, les craindre ou ressentir du dégoût. Ce sont des structures à la fois individuelles (le rêve), collectives (le mythe) et fictives. Chargés de leur histoire personnelle, les corps singuliers disséminent les traditions. Même une civilisation technique mondiale passe par eux. Mais ces corps, comme lieux des images, sont aussi collectifs. C'est un théâtre habité par des images d'origines inconnues. Dans un portrait, le visage est une partie d'un corps naturel. La ressemblance comble la distance qui sépare le portrait du corps vivant. Elle affranchit le corps de la hiérarchie sociale et en fait le support d'une personne. L'oeuvre est comme un deuxième corps qui prend la place du corps véritable. Il cherche notre regard, comme le ferait un corps vivant devant un autre corps qui le fixe. Le portrait n'est pas seulement un document, c'est un médium du corps. Ce corps mortel ne devient immortel que par la participation active du [futur] spectateur. Ce dernier est incité à dépasser la surface plane du médium et projeter ainsi son regard au-delà du panneau. C'est une nouvelle conception du corps qui modifie la conception de l'image qui avait été en vigueur jusqu'alors. Dans le visage ainsi contemplé, un dualisme intérieur/extérieur est révélé. Une vie intérieure s'empare du corps individuel comme d'un nouveau champ qui aboutira à la figuration du sujet. Les prétentions immuables du corps social sont déclarées caduques. De nouveaux rôles sont définis, dont il n'y a pas de représentation directe.
L'humanisme a utilisé la description du corps comme antithèse aux conceptions qui avaient prévalu jusqu'alors. Toute vie individuelle qui prétend à l'autonomie a pour horizon la mort. Le visage vivant du portrait s'oppose à son visage anonyme (le crâne); mais il est aussi un masque. Derrière ce masque, le moi est incertain et fluctuant. Il construit son caractère et son identité à partir de ses affects et de son tempérament, en jouant différents rôles que la généalogie ne suffit pas à déterminer. Après sa mort, quel est le moi qui sa cache derrière ce portrait vivant? Quelqu'un a vécu autrefois dans ce corps, que l'"expression" du tableau évoque, et dont on entend conserver le souvenir. Il survit par son oeuvre et aussi par ce portrait. Ce portrait peut être reproduit, multiplié comme une oeuvre écrite. Le corps, qui est un double mortel et visible du moi (une image), devient médium. C'est le moi qui assume l'identité sociale du sujet. C'est au moi que le portrait doit "ressembler". Pour éviter que le corps et le moi ne se dissocient, la reproduction du corps en image ne suffit pas, il faut aussi un acte de parole, une mise en scène, une rhétorique transmise au spectateur. Dans le monde virtuel, les images occupent un espace fondamentalement autre, hétéro-topique, qui constitue une alternative par rapport aux lieux où nous vivons. On peut les comparer aux lieux consacrés ou interdits : cliniques psychiatriques, prisons, maisons de retraite et les cimetières sont, eux aussi, classés par Foucault dans ces "hétérotopies". Selon Marc Augé, la télévision, la vidéo et les images du monde virtuel fictionnalisent le monde. Les rêves, les images privées et les mythes sont menacés par ce tout fictionnel qui nous affranchit de toute référence au monde réel.
Mais le monde virtuel ne fait appel à aucun au-delà de l'image. Ce sont toujours des images, même si elles sont interactives. Nous glissons toujours dans chacune d'elles notre part personnelle, même si elles se multiplient. Même si la réalité virtuelle élargit quantitativement et qualitativement ses territoires, même si les usagers croient changer d'identité ou s'ils sont représentés par le texte, c'est le corps lui-même qui produit l'impression que la conscience se détache.
Une existence sociale qui n'est plus assujettie à des lieux réels devient imaginaire. Le sujet entre en correspondance avec d'autres par ses facultés imaginatives. Il s'incarne en image, comme on le faisait dans le culte des morts.


samedi 21 juillet 2012

Jogging, ce matin....

Départ pour un temps de course, quelques courbatures, mais il faut y aller...Important après une course, faire des étirements. Pourquoi?
Narcissius
Une plus grande souplesse permet plus d’aisance dans certains gestes actions ou déplacement de part l’amplitude articulaire qui en découle. A long terme, ils limitent certains risques de blessures de par l’amplitude maximale possible. Après des efforts, les étirements permettent de relâcher les muscles, et donc de libérer les zones articulaires de toute tension pouvant induire des déséquilibres musculo-squelettiques nécessitant par la suite des interventions de kiné ou d’ostéopathe. Ils permettent un retour au calme mental, une décompression.
Ils permettent de soulager les tendons de la tension due à la raideur et la puissance du muscle. Alors départ sans grande envie, mais voilà, j'y vais! Et j'ai bien fait car j'ai gagné 5 minutes de course par rapport à hier. Important, je mange comme je veux depuis deux jours et je ne prends rien, je perds, c'est en grammes mais je perds! Contrairement à hier, j'avais ma bouteille d'eau avec moi! Je vous le rappelle bien s'hydrater avant et surtout après...Ce matin, plein soleil avec un petit vent, bien agréable.
Sur les conditions météo :
Les conditions météo jouent sur notre état de forme. On conseille dans un premier temps de ne pas courir en dehors d’une plage de température comprise entre 5 et 25 °C et d’adapter votre tenue aux conditions météo. 
Adaptez également votre vitesse de footing à la température :
Mes chaussures
Plus il fait chaud, plus vous devez ralentir pour ne pas prendre un coup de chaud.
Plus il fait froid, plus vous devez partir doucement pour laisser le temps à vos muscles de monter en température.
Le débutant en course à pied devra donc s'abstenir si la météo n'est pas favorable.
Les bonnes chaussures de running pourquoi, comment?
  • La morphologie du coureur (plutôt lourd, plutôt léger)
  • La morphologie de ses pieds (universel, supinateur ou pronateur)
  • l’utilisation de la chaussure (chemin, route, trail, longues distances, compétition…)

L’adéquation de ces éléments permettra de choisir la bonne chaussure, et ainsi d’assurer à vos pieds tout le soin et l’attention dont ils ont besoin.Pour être sûr de partir du bon pied, choisissez un modèle adéquat :
Narcissius
A chaque foulée, c’est entre trois et cinq fois le poids du corps que doit supporter l’organisme. Le choix d’une chaussure de running ou trail/ running de qualité doit donc assurer un amorti 100% efficace, pour éviter l’inconfort et surtout de potentielles blessures ; et ce, sur tous les terrains pratiqués (plats, routes, chemins, rocailleux, accidentés…) et dans tous les environnements. La suite ici
Narcissius
Après 30 minutes de courses, avec une alternance de phase de repos et de course, çà va super bien...Quels bienfaits, reconnus médicalement, retirera-t-on de la pratique de ces trois séances hebdomadaires ?
- une meilleure protection cardiovasculaire et respiratoire (cœur, circulation du sang, poumons) ;
- le renforcement musculaire des jambes, mais aussi des abdominaux (ils sont sollicités en courant) et des muscles du dos et intervertébraux qui protègent, entre autres, des maux de… dos. Si les coureurs peuvent avoir mal au dos, c’est infiniment moins fréquent que pour les sédentaires. La musculature est donc sollicitée -rien de tel que le jogging pour avoir de belles jambes- dans le même temps, la perte de graisse est facilitée ;
- une protection contre l’ostéoporose (fragilisation des os) ;
- la prévention (ou la lutte) contre la majorité des hypertensions et diabètes ;
- une action étonnamment bénéfique sur le moral, l’évacuation du stress, etc.
J'insiste, je sais mais ce serait idiot de s'arrêter parce que vous ne saviez pas : les erreurs à ne pas commettre
Tous les effets bénéfiques du jogging peuvent être exactement inversés si ce sport est réalisé n’importe comment, sans un minimum de connaissances, lesquelles ne peuvent se deviner.
Des chaussures inadaptées, par exemple, plutôt que d’apporter les bienfaits articulaires escomptés, augmenteront au contraire les risques de se blesser : mal aux genoux, au dos, tendinites, pubalgies, etc. 
La priorité d’une chaussure n’est pas l’amorti, contrairement à ce que l’on a tendance à croire, mais la stabilité. Toutes les chaussures de jogging haut de gamme des marques spécialisées ont un amorti sensiblement équivalent. Et s’il est peu probable que vous trouviez des chaussures valables à moins de 50 euros, ce n’est pas forcément le prix qui fera la qualité au-delà de cette somme. Avant de courir, allez consulter un podologue. Il saura déterminer précisément les caractéristiques et besoins de votre pied.Ici

mardi 17 juillet 2012

Que faire de nos failles?


Le seul corps acceptable aujourd'hui semble être un corps parfaitement maîtrisé. Exhiber un corps bien maîtrisé semble la preuve la plus évidente de la capacité d'un individu à assurer un contrôle sur sa propre vie.
Derrière la prétendue liberté de déterminer sa propre vie se cache une véritable idéologie qui instrumentalise le concept d'autonomie personnelle, réduisant l'autonomie à l'indépendance et excluant la possibilité même d'une quelconque dépendance.
Cette idéologie de l'autonomie et du contrôle engendre inévitablement le refus de toute forme de différence, en culpabilisant tous ceux qui ne sont pas capables de se conformer aux modèles proposés.
D'où le mythe de l'autonomie et de la confiance en soi.
Car ainsi nous sommes dans l'impossibilité de faire quelque chose de nos propres failles.
Chacun de nous est appelé à devenir "autonome", c'est à dire complétement indépendant des autres, ce qui serait possible si et seulement si on arrivait à avoir suffisamment confiance en soi pour pouvoir se passer des autres...
La confiance en soi est une compétence qu'il faut apprendre à développer. Ce qui veut dire que ceux qui n'y arrive pas sont les seuls responsables de leurs échec. Votre état de santé, vos finances, votre vie amoureuse, votre vie professionnelle, tout cela est votre œuvre et celle de personne d'autre. En d'autres termes, si vous avez échoué, c'est entièrement de votre faute. Aucun élément extérieur (chance, santé, fortune, relation, etc.), n'entre plus en ligne de compte. Comme si nous pouvions réellement tout contrôler, non seulement nos propres émotions, mais aussi les réactions et les émotions des autres, sans parler de l'environnement (familial, professionnel, politique) dans le quel nous évoluons.
La négation du principe de réalité touche son apogée avec tout ce que cela entraîne : culpabilisation et souffrance pour les uns ; toute-puissance de la volonté et manipulation pour les autres. Avec comme conséquence ultime défiance vis-à-vis de tous les autres et la peur de tout ce qui échappe ou semble échapper au contrôle. C'est pourquoi chacun craint l'irruption de l'inattendu : nous avons tellement peur de ce que nous ne pouvons pas contrôler, que nous sommes prêts à toutes sortes de comportements compulsifs pour neutraliser ce que nous percevons comme dangereux. Mais les comportements compulsifs visant à combattre la peur ne font souvent qu'engendrer une angoisse encore plus grande. Le mécanisme n'a alors de cesse de s'autoalimenter, dans une escalade progressive de la peur. Car la peur est souvent contagieuse. Et à force de tout mettre en oeuvre pour éloigner le danger , on assite à la surenchère de l'angoisse et à l'effritement de toute forme de solidarité. Nous nous retrouvons seuls. Nous ne pouvons plus nous appuyer sur les autres. Et le vivre-ensemble ne paraît plus possible.
Comment sortir de ce cercle vicieux? Comment reconstruire la solidarité et envisager un monde où chacun puisse trouver sa place, même s'il n'est pas parfait, même s'il est prisonnier de ses failles?
La seule façon est de redonner aux failles toute leur place, ne serait-ce que c'est la présence des failles qui nous pousse à faire confiance aux autres, à nous abandonner à eux et à construire avec eux un monde différent.
La confiance est dangereuse, c'est un pari, car elle implique toujours le risque que le dépositaire de notre confiance ne soit pas à la hauteur de nos attentes ou pis encore trahisse délibérément la confiance que nous lui faisons. Mais mieux vaut risquer d'être trahi que de perdre la possibilité de s'ouvrir aux autres et de m'enfermer dans un solitude stérile.
La confiance est liée à la nature même de l'existence humaine, au fait que nous ne sommes jamais complétement indépendants des autres et autosuffisants, même lorsque nous avons la possibilité d'atteindre un certain degré autonomie morale.
Lorsque les enfants sont petits, les adultes reçoivent de leur part un appel de confiance absolue, et ils doivent être capables d'y faire face. La confiance des enfants est toujours totale, indépendamment de la fiabilité des adultes. Ce n'est que lorsqu'un enfant est reconnu dans ses besoins et accueilli au sein d'une famille qu'elle soit traditionnelle, recomposée, hétérosexuelle, homosexuelle, qu'il peut grandir et s'autonomiser. Ce sont ces marques de confiance reçue qui instituent l'enfant comme un nouveau venu. L'adulte doit apprendre à l'enfant à acquérir confiance en lui en l'assurant de sa protection. C'est parce que cette confiance inconditionnelle est là que le rapport avec les adultes peut permettre aux enfants d'évoluer et de grandir, de découvrir le monde et de se découvrir eux-mêmes. La confiance engendre des relations fortes où la dépendance et la fragilité se mêlent toujours à la possibilité d'une transformation du moi. Mais elle permet aussi d'établir un rapport au temps. Apprendre à se tenir permet de ne pas oublier, même lorsqu'on souffre, que le futur n'est jamais clos et qu'on peut toujours oeuvrer l'espace des possibles s'élargissent.
C'est pourquoi, en dépit de ce que l'on peut croire ou imaginer, il n'y a pas d'opposition entre autonomie et confiance.
Au contraire l'autonomie permet de choisir non seulement quel genre d'existence on veut mener, mais aussi les personnes auxquelles on peut faire confiance. Ce qui veut dire qu'il faut accepter d'être vulnérable à leur égard. C'est une chose, en effet, d'apprendre à compter sur soi et se faire confiance tout en reconnaissant la dépendance qui nous lie à ceux en qui nous avons confiance. La confiance ne donne jamais de garanties, pas de surprise non plus. Je garde juste la possibilité de ne pas m'effondrer complètement si je suis trahi. Mais pour ce qui est de la relation à l'autre je ne contrôle rien. C'est alors que la confiance nous montre son vrai visage. La confiance en soi, tout d'abord car face aux réactions souvent imprévisibles des autres il faut pouvoir s'appuyer sur soi, sur un noyau dur. La confiance dans les autres toujours complexe et difficile, car elle présuppose tout à la fois un pari, un don et la capacité de faire face à la trahison. Mais c'est aussi grâce à ce jeu de miroir entre la confiance en soi et la confiance dans les autres que le désir individuel bâtit son chemin et nous permet de devenir sujets de notre existence.
Les failles peuvent permettre de faire place à l'autre et de découvrir la puissance de la confiance mutuelle.
Extrait de : "Tous fragiles, tous humains", Albin Michel.

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