En effet
si les hommes qui aimaient les femmes et les femmes qui aimaient les
hommes (moitiés
d'androgynes) permettaient la perpétuité de la race, en revanche les
hommes qui
aiment les hommes (moitiés d'un mâle), plutôt que d'accoucher de la vie,
accoucheraient de l'esprit.
Ces derniers sont selon Aristophane les
êtres les
plus accomplis, étant purement masculins. Dans tous les cas prime
l'amour de
deux êtres qui tentent de n'en faire qu'un pour guérir la nature
humaine :
nous sommes la moitié d'un être humain, et nous cherchons sans cesse
notre
moitié, de l'autre sexe ou du même sexe que nous. Dans ce passage
Aristophane
(et sans doute Platon) établit une hiérarchie des désirs et des formes
d’amour
qui reproduit encore les normes sociales de la société grecque.
Déjà les
trois
genres de la nature humaine originelle avaient de quoi perturber la
conception
dualiste que nous nous faisons de la sexualité comme rapport exclusif
d’un mâle
et d’une femelle, habitude qui croyons-nous ne fait que correspondre à
notre
vraie nature biologique. Or l’un des effets inattendus et quelque peu
subversif
de la fable d’Aristophane, c’est que les trois genres demeurent
effectifs une
fois les humains divisés et livrés à la sexualité.
L’hétérosexualité ne
représente finalement qu’une possibilité parmi les trois existantes :
l’hétérosexualité, l’homosexualité masculine et l’homosexualité
féminine. Or
c’est ici que l’on voit subrepticement réapparaître les hiérarchies et
les
mœurs propres à cette société. D’abord les amants hétérosexuels se
trouvent
curieusement associés à l’adultère plutôt qu’à l’« honnête » vie
conjugale. C’est un fait que durant l'Antiquité la vie amoureuse et la
vie conjugale étaient
généralement dissociées (phénomène qui devait perdurer en réalité
jusqu'à l'aube de ce que nous appelons la "vie moderne").
L’hétérosexualité ne
représente finalement qu’une possibilité parmi les trois existantes :
l’hétérosexualité, l’homosexualité masculine et l’homosexualité
féminine. Or
c’est ici que l’on voit subrepticement réapparaître les hiérarchies et
les
mœurs propres à cette société. D’abord les amants hétérosexuels se
trouvent
curieusement associés à l’adultère plutôt qu’à l’« honnête » vie
conjugale. C’est un fait que durant l'Antiquité la vie amoureuse et la
vie conjugale étaient
généralement dissociées (phénomène qui devait perdurer en réalité
jusqu'à l'aube de ce que nous appelons la "vie moderne").
Cela signifie
aussi
que la reproduction, le fait d’avoir des enfants ne constitue absolument
pas
dans ce système la meilleure fin qui soit ; cela ne constitue pas non
plus, comme on le voit, l’unique fin de la sexualité. Pour le philosophe
Platon
comme pour la haute société grecque, le fin du fin est atteint lorsque
deux
jeunes hommes s’aiment d’un amour sincère, car la virilité est associée
non pas
à la débauche mais au contraire à la vertu, au courage, et à l’esprit.
Quant au
lesbianisme, si cette dernière possibilité est bien évoquée, on
remarquera qu’elle
n’est en rien valorisée. A rapprocher du fait que les femmes n’assistent
pas au
fameux Banquet, comme si elles n’avaient rien à dire sur l’Amour, rien à
faire
valoir en tant que telles au sujet d’Eros (qui est lui-même un dieu
mâle, ne
l’oublions pas).



