« L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont, qu'elles sont, de celles qui ne sont pas qu'elles ne sont pas » .
Il y a trois interprétations de cette phrase.
La première et la plus ancienne est celle donnée par Platon dans le Théétète, c'est une explication individualiste, car elle ramène la maxime de « l'homme mesure » à la théorie de la perception sensible.
La seconde, celle de Gomperz, est une interprétation générique qui voit dans « l'homme » non un individu, mais tout le genre humain.
La troisième interprétation est donnée par
M. Eug. Dupréel: « La maxime n'est l'expression ni d'un scepticisme nihiliste et amoral, ni d'une vue naturaliste de l'homme et de ses facultés natives ; elle signifie que la connaissance ne nous fait pas toucher une nature ou une essence préalable à l'acte de connaître ; il n'y a pas d'être, point de nature dont la connaissance ne serait qu'un reflet ; il y a l'activité des hommes par quoi quelque chose est découpé et fixé dans l'indétermination antérieure une matière amorphe, au sens le plus vague, que nos organes permettent à chacun de nous de sentir et de déterminer indépendamment de la perception des autres ».
D'abord cette matière amorphe. Nos sources en parlent d'une manière explicite :
Protagoras est d'avis que l'homme est la mesure de toutes choses Notre homme dit donc que la matière est fluente et que s'écoulant constamment, des accroissements viennent remplacer les portions de matière qui sont détachées ».
Le mobilisme universel est une idée commune à Protagoras et à Heraclite.
« Ce monde qui est le même pour tous, aucun des dieux ou des hommes ne l'a fait ; mais il a toujours été, il est et sera toujours un feu éternellement vivant, qui s'allume avec mesure et qui s'éteint avec mesure ».
« Les transformations du feu sont en premier lieu la mer ; et la moitié de la terre est mer, la moitié vent tourbillonnant ».
« Toutes choses sont un échange pour du feu et le feu pour toutes choses, de même que les marchandises pour l'or et l'or pour les marchandises ».
Socrate confirme dans le Théétète que ce point de vue était commun à Protagoras et à Heraclite :
« C'est de la translation, du mouvement et du mélange mutuels que se fait le devenir de tout ce que nous affirmons être ; affirmation abusive, car jamais rien n'est, toujours il devient.
Protagoras dit que la matière est fluente et s'écoule sans cesse, Heraclite qu'elle est un feu éternellement vivant. En employant ces images différentes, les deux auteurs visaient la
même chose : une matière amorphe et indéterminée.
Comment pouvons-nous connaître ce monde extérieur, dont nous venons de décrire la nature?
Heraclite :
« Les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins pour les hommes, quand ils ont des âmes barbares ».
« La pensée est commune aux hommes ».
« Je me suis cherché moi-même ».

Protagoras :
« Évidemment ta question vise ainsi le pair, l'impair et autres déterminations qui s'ensuivent et, pour tout cela, tu demandes au moyen de quel organe corporel nous en avons, par l'âme, la perception »
Protagoras et Heraclite tombent d'accord que les sens ne nous donnent pas l'image fidèle du monde extérieur et par suite ne peuvent être les critères de la vérité. Heraclite attribue une part importante à l'intelligence, par laquelle s'opère en réalité la connaissance.
Selon Heraclite, les sens ne nous révèlent qu'une partie de la vérité, ils présentent le monde comme multiple, tandis que la raison nous le présente comme un. Les âmes barbares sont en effet celles qui regardent les données de nos sens comme vraies. Protagoras n'identifie nulle part la connaissance avec la sensation.
De ce point de vue, la connaissance ne doit pas nécessairement se faire par l'intermédiaire des sens.
En résumé on peut dire qu'en ce qui concerne la structure du monde extérieur, Protagoras suit fidèlement l'enseignement des premiers Ioniens et d'Heraclite, et n'y voit pas autre chose qu'une matière amorphe et indéterminée. Quant à la connaissance, elle ne se fait pas uniquement par les sens mais aussi par l'intelligence.
Ce qu'il faut souligner dans la théorie de Protagoras, c'est le fait que l'homme ne constitue pas le centre du monde, mais qu'il est, comme chez Heraclite et les Pythagoriciens, intégré
dans l'ensemble de la réalité.
Le mobilisme universel est commun à Protagoras et à Heraclite. Les deux philosophes regardent le monde extérieur comme une matière amorphe. La connaissance de ce monde ne se fait pas uniquement par les sens, mais aussi par l'intelligence.
C'est notre esprit, tel qu'il est formé par l'éducation, qui arrive à percevoir et à connaître les qualités des choses.