A l'origine était le chant et tout finit par une chanson. Chanter, activité du quotidien. Anodine, semble-t-il. Pourtant, Vincent Delacroix, philosophe et romancier, nous embarque dans une vaste exploration du monde "chantant", pour nous dire combien chanter nous "fait reprendre la parole".
Du mythe d'Orphée, au rockn'roll,
l'auteur sillonne le sujet, en forme de préludes et fugues, petits
chapitres courts où alternent anecdotes, analyses et perspectives, se
faisant échos les uns aux autres. Pourquoi l'homme chante-t-il, puisque
ça ne sert à rien, si ce n'est à (se) faire plaisir. Le chant ne sert à
rien, mais il est fondamental et universellement partagé par tous les
hommes, quelle que soit leur origine culturelle ou sociale. Vincent
Delecroix montre comment cette activité de tous les jours inscrit ses
racines au plus profond de la nature humaine.
Au commencement était le chant. La musique "pénètre
immédiatement, dit Hegel dans l'"Esthétique", avec ses mouvements, dans
le siège intérieur de tous les mouvements de l'âme". Chaque sentiment a
son chant et chaque chant son sentiment, ritournelle ou complainte,
litanie, berceuse, hymne ou romance. Le chant nous accompagne, de la
naissance à l'agonie. Il a inspiré les plus grands auteurs, traverse les
mythes, unit et galvanise les hommes. "Le désir de chanter, c'est le
désir d'être aimé", dit-il, ou le chant comme moyen de se montrer soi,
en vérité, et de briser les malentendus. Comme si le chant était le
moyen d'être "bien–entendu". Espace de vérité intime, le chant
transcende la parole et instaure un rapport unique à soi-même, aux
autres et au monde. "Le chant va vers l'autre, cet autre serait-il nous
même (…) C'est le début de l'art, sans doute, mais peut-être aussi celui
de l'humanité".
"Porgi amor", Les Noces de Figaro. Un homme rentre
chez lui et s'arrête dans les escaliers de son immeuble. La femme qu'il
aime chante. Un voisin le rejoint, puis deux puis trois. Ils écoutent.
Se mettent à chanter eux aussi. Sauf l'homme (Vincent Delecroix). Qui ne
chante pas. Il rejoint son appartement et décide d'écrire un livre sur
le chant ...
Refuser le désenchantement. Le chemin vers la civilisation a forcé l'arrachement au chant originel et imposé la parole et le langage. Inévitable "désenchantement" ? Non. "Il y a dans le langage, quelque chose qui le troue et le traverse, par lequel s'engouffre le chant et qui fait virer la parole (…) Ça chante quand quelque chose n'est pas dit".
Refuser le désenchantement. Le chemin vers la civilisation a forcé l'arrachement au chant originel et imposé la parole et le langage. Inévitable "désenchantement" ? Non. "Il y a dans le langage, quelque chose qui le troue et le traverse, par lequel s'engouffre le chant et qui fait virer la parole (…) Ça chante quand quelque chose n'est pas dit".
L'écrivain philosophe nous donne à réfléchir sur cette activité si
familière et anodine, qui accompagne nos vies l'air de rien, mais qui
interroge sur des questions fondamentales, comme l'identité, inscrite
dans la voix ou la parole, dans son rapport au chant.
"Chanter, reprendre la parole" est un ouvrage à la
forme étrange, parfois philosophique, parfois lyrique, parfois comique.
Comme si parler du chant échappait à toute forme classique et figée du
langage. Du coup on est parfois un peu dérouté, mais jamais ennuyé.
Ce livre s'accompagne de la "Petite bibliothèque du chanteur", du
même auteur, recueil de textes de philosophes et d'écrivains, qui
poursuivent et nourrissent la réflexion engagée avec "Chanter, reprendre
la parole".
« Sens
propre »
La
vie nous éloigne de la philosophie, elle nous
rapproche de la sagesse. Les auteurs refont ici le même
chemin, à partir d’expériences concrètes que tous peuvent partager. Le
sens qui apparaît au cœur de ces pratiques, nous nous
l’approprions. C’est le sens propre de notre vie.
Vincent Delecroix
est philosophe et romancier. Il enseigne la philosophie des religions à l’EPHE.
Il a publié plusieurs essais et des romans salués par la critique, parmi lesquels : A la porte (2004), Ce qui est perdu (2006), La Chaussure sur le toit
(2007). Son dernier livre, Tombeau d’Achille (2008), lui a valu le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de
son œuvre.




