"Lorsque la force de l'unification disparaît de la vie des hommes, que les oppositions ont perdu leur relation et leur intéraction vivantes et acquis l'autonomie, alors naît le besoin de philosopher." Hegel.
Il y a besoin de philosopher parce que l'unité est perdue. L'origine de la philosophie, c'est la perte de l'un, c'est la mort du sens.
La philosophie naît en même temps que quelque chose meurt. Ce quelque chose c'est le pouvoir d'unifier.
La philosophie naît dans le deuil de l'unité, dans la séparation et l'incohérence. La scission est la source du besoin de philosophie.
Les contraires que nomme Hegel sont l'esprit et la matière, l'âme et le corps.
Les oppositions qui étaient autrefois significatives (sous la forme de couples esprit-matière sont, avec la progression de la culture passées dans la forme des oppositions entre raison et sensibilité, intelligence et nature, c'est à dire par rapport au concept universel, entre subjectivité absolue et objectivité absolue.
La perte, c'est celle de Socrate, quand les Athéniens ne voulurent plus entendre la voix par laquelle le manque de sens s'exprime et s'attaque aux hommes et aux choses.
De plus, il y a une histoire de la philosophie, une histoire du désir pour l'Un. Cette histoire veut dire qu'il y a une succession discontinue de pensées ou de paroles recherchant l'unité : de Descartes à Kant les mots changent mais la pensée qui circule dans les mots les tient ensemble.
Cette discontinuité témoigne contradictoirement d'une continuité. Le travail de déprise et de reprise qui s'effectue d'un philosophe à l'autre signifie au moins que l'un et l'autre sont habités par le même désir, par le même manque.
La preuve de la vraie unité de l'oeuvre du philosophe, c'est le désir qui procède de la perte de l'unité. La discontinuité règne dans l'histoire de la philosophie mais il y a attente de l'unité.
Le désir de l'unité atteste l'unité absente, mais il y a l'unité du désir qui témoigne pour sa présence.
Pourquoi et comment l'unité s'est-elle perdue? Cette question procédait de l'interrogation : "Pourquoi désirer?" laquelle à son tour dérivait de notre problème "Pourquoi Philosopher?"
La perte de l'unité, la scission qui met à l'écart la réalité et le sens n'est pas un événement n'est pas un événement dans l'histoire mais plutôt le motif de la philosophie, avec la perte de l'unité le désir se réfléchit.
L'origine de la philosophie, c'est aujourd'hui.
Le motif, la question de l'unité ne cesse de travailler l'histoire de la philosophie. La philosophie est histoire, par constitution car l'une et l'autre sont en quête de sens.
Nous avons besoin de philosopher car l'unité est perdue et que nous vivons et pensons la scission : nous savons que cette perte est actuelle, présente, pas perdue elle-même et qu'il n'y a pas une unité pour ainsi dire transtemporelle de cette perte.















